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le 23 juin 2022
SuivreLe métier de l'escroquerie
Une comédie d'Edouard Molinaro sur un scénario d'Albert Simonin avec des dialogues de Michel Audiard. En 1965. On a déjà une partie du ticket. Il n'est pas impensable qu'on puisse passer un bon...
Michel Audiard fut un dialoguiste prolixe ; pas spécialement par goût immodéré de s’enrichir mais par nécessité. Ayant installé confortablement femme et enfants à Dourdan, une commune pas particulièrement proche de la capitale, le très parisien avait ses habitudes dans un coquet hôtel dans le VIIIe. Une suite avec baignoire dans lequel le très occupé avait, dit-on, ses habitudes. Les médisants auraient beau jeu d’expliciter cette distanciation d’avec sa famille par un goût pour la gente féminine et le besoin impérieux d’honorer ses rendez-vous avec des producteurs dans l’idée rémunératrice d’écouler un maximum de scénarii et dialogues finement ciselés. L’homme ayant des obligations financières, il a eu souvent l’habitude de multiplier les projets en partant d’une même idée. Ainsi, exemple probant, le très gentillet Courte Tête avec un Fernand Gravey en marloupin ampoulé, Jacques Duby en comparse transparent, Jean Richard en escroqué libidineux et Louis de Funès en cureton voyou fut complètement réajusté pour permettre au dabe Gabin, ici associé au primesautier Jean Lefebvre d’entourlouper le bistrotier cabotin De Funès. Ce-dernier fut d’ailleurs le seul à être sauvé du film original de 1956 tant Courte tête est une version low cost du Gentleman d’Epsom de 1962. L’ami Michel était passé professionnel dans le recyclage.
Ainsi en 1965, sous la caméra gentiment anodine de Molinaro, Audiard a imaginé un canevas simple : un escroc maladroit rencontre un malandrin, les deux s’associent, rencontrent un as, ils montent à Deauville pour se farcir un idiot enrichi tout en flirtant avec une veuve descendue dans le même palace. Ce principe simple sera repris (quasi) tel dans … le cri du Cormoran le soir au-dessus des jonques, réalisé par le même dialoguiste en 1971 puis dans une sautillerie Belmondesque à caleçon à pois avec le Guignolo en 79. Reste à l’auteur de laisser dans le dernier cas des espaces suffisants afin de permettre à la star-producteur de se suspendre au-dessous d’un hélicoptère survolant les canaux automnaux de Venise. Si vous analyser ces trois films, le canevas est identique, mieux, pour les deux premiers le casting demeure inchangé : Paul Meurisse, Bernard Blier, Michel Serrault.
Revenons au film de base, celui de 1965, s’évertuant à être une aimable plaisanterie admirablement bien dialoguée avec un casting en platine, outre les trois susnommés, évidemment délicieux de fourberies, Jean Lefebvre donc, Dalban, Ceccaldi, Franck Villard (le môme Gino, tout un poème), Dynam. Bref toute la lyre, le brelan d’as du cinéma français des glorieuses 60’s. Claire Maurier est délicate, Yvonne Clech en lady Paterson délictueuse. Reste parfois des scènes tout bonnement d’une immense gourmandise lorsque vous mettez Serrault, Blier et Meurisse dans une même pièce en leur donnant la possibilité de cabotiner allègrement. On devine que Molinaro, surtout en 1965, n’était pas un metteur en scène très dictatorial.
Une comédie gentille, désuète, au charme évident. Il me reste à revoir … le cri du Cormoran, concernant le Guignolo, j’ai bien peur d’en avoir largement fait le tour...
Créée
le 18 avr. 2026
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