<i>Légers spoilers.</i>
Des trois films de la rétrospective Ninón Sevilla, c’est le plus bizarre et le plus singulier, se montrant étrangement dysfonctionnel face au genre – comme en témoignent les courts-circuits narratifs et autres ellipses qui jalonnent le film (l’enlèvement sans explication de l’enfant par son père bandit, la sortie de prison…), dans des moments dont seule la mise en scène iconique fait passer la pilule.
La première particularité de <em>Victimes du péché</em> est son approche du cabaret. Ce décor, habituellement filmé comme allant de soi (comme une excuse aux numéros de music-hall et au milieu euphémisé des prostituées), est ici avant tout une scène. Le premier cabaret (riche) comme le second (ouvrier) sont approchés comme des arènes, avec leur cercle central où les danses, croquées à coups de grands angles et de contre-plongées, prennent l’aspect de performances scrutées (moments où l’on joue sa survie, son travail…), et dont l'alentour (les coulisses, le pourtour ombré de la scène où l’on discute comme en chœur de l’action) se charge de figurer la réalité moins visible du milieu et du métier – conflits, abandons, pressions.
La seconde particularité de ce film noir est sa forte dimension mélodramatique, qui chez Fernández garde toute sa part aiguë, presque acide (les scènes outrées au parloir, pleines de pleurs), résonnant jusqu'aux éclats saillants de sordide ou de violence tragique (le bébé jeté à la poubelle, la prostituée battue). Le mélo semble comme mal attaché au récit et à son actrice, autour de laquelle, pour la première fois, le film ne semble pas s’être construit, ni s’être laissé dicter sa narration : sa blondeur ici n’en fait plus une exception (elle est simplement « la plus belle »), et ne lui confère pas de position particulière. Pietà virginale, mère, et prostituée cohabitent en elle d’un bout à l’autre du film, comme chez ses camarades.
<em>Victimes du péché</em> n’est pas forcément convaincant (il est très visiblement conçu pour être un conteneur à chansons et à numéros dansés), mais il offre les moments les plus curieux de la rétrospective (ce patron qui va au bordel avec son orchestre personnel jouant la musique du film en direct), et offre un terrain de jeu éblouissant à Figueroa, comme aux relations entre image et musique.
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