"L'héritier de Spielberg": cette expression est bien en vogue en ce moment dans la presse cinéma, que ce soit à propos du Midnight Special de Jeff Nichols ou de ce A Monster Calls. Mais en a-t-on réellement besoin ?


Déjà, parler d'héritage, c'est partir du principe que le vieux est mort. Alors certes, ses dernières réalisations n'ont pas réellement la puissance de ses débuts et Le BGG était d'un ennui mortel, mais ça ne justifie pas son inhumation prématurée.
Mais surtout, quel est l’intérêt ? Qui veut voir l'héritage de Spielberg ? L'original suffit, et tenter vainement de le copier ne sert à rien. Bien sûr, s'inspirer du maître du divertissement est tout-à-fait appréciable, mais une imitation grossière ne fait que prouver à quel point un auteur est seul propriétaire de son oeuvre. Dans cette optique, Midnight Special, malgré son succès d'estime, se retrouve voué à disparaître rapidement des mémoires: sa seule valeur est de constituer la synthèse maladroite d'une oeuvre entière, qu'il n'arrivera jamais à égaler.


C'est également le cas de Quelques minutes après minuit. Rien n'est vrai ici, tout n'est que reconstitution. Toutefois, là où Nichols était tout-de-même parvenu à saisir une certaine mélancolie inhérente aux fresques du maître et de ses disciples, Bayona convoque des mécaniques qu'il ne maîtrise pas.


Des films qui ont bercé notre enfance, le réalisateur a retenu un moralisme mièvre, généré par une créature fantastique venant aider un enfant en difficulté. Dès la première apparition du Liam Neeson sylvestre, on devine le déroulement de l'intrigue. Les faux twists s’enchaînent sans la moindre surprise. De leçon de vie en leçon de vie, on suit machinalement les quelques rebondissements, le tout dans un émerveillement factice perpétuel. Le monstre en question se retrouve réduit au rôle d'enseignant de CP, énumérant des règles à un enfant turbulent.
Bayona est parvenu à mécaniser ses références: aucun réel lien n'unit le fantastique au récit. Celui est instrumentalisé, manipulé pour rappeler à un public qu'il apprécie ce genre d'histoires.


Evidemment, le film semble être pavé de bonnes intentions. Il suffit de voir ces audaces de mise en scène et ces séquences animées magnifiques, véritables fulgurances visuelles. Malheureusement, cela se traduit aussi par l'éradication pure et simple de l'émotion, la faute à un enchaînement ininterrompu de scènes tire-larmes insupportables. Le climax final en propose un catalogue impressionnant, désamorçant toute tentative d'empathie. En faire trop n'a jamais été la meilleure solution. Et puis, de toute façon, tout le monde savait que ça allait finir comme ça.


Donc rendre hommage c'est bien. Mais quitte à tirer sur des ficelles connues de tous sans la moindre subtilité, autant le faire sous un angle inédit. Dommage que Quelques Minutes après Minuit cède à cette démagogie de la nostalgie qui passe aujourd'hui pour du génie.

rska
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le 9 janv. 2017

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