Dans un dispositif dépouillé favorisant la parole, neuf Palestiniens de Gaza ayant réussi à fuir l'enclave dans la première année de la guerre génocidaire se présentent d'abord collectivement, puis s'expriment individuellement sur leurs expériences traumatiques respectives liées aux destructions patrimoniales, matérielles et bien sûr aux pertes des proches.
Nicolas Wadimoff, réalisateur suisse, connaît la Palestine et Gaza depuis des décennies, et a déjà tourné des documentaires sur le sujet ("Aisheen, still alive in Gaza" en 2009 et "L'Apollon de Gaza" en 2018). Celui-ci s'inscrit dans la continuité de la démarche "We are not numbers", à l'opposé de l'invisibilisation et du racisme anti-palestinien sévissant dans nombre de médias meanstream occidentaux.
Les neuf personnes se sont connues en Egypte, où elles ont eu les moyens (financiers, humains) de fuir avant la destruction définitive du poste frontière de Ramallah : professions intellectuelles en majorité, un musicien (qui assure de rares séquences musicales), une médecin, une influenceuse...
Le tournage, prévu initialement en Suisse, s'est finalement tenu en Afrique du Sud. On les voit d'abord dessiner rapidement les espaces de vie qui étaient les leurs, avant de se positionner chacun sur une grande carte de Gaza dessinée au sol à la craie. Puis chacun des protagonistes est filmé individuellement, dans un écrin neutre, en plan moyen, favorisant la parole, l'écoute, et le recueil digne d'une partie de l'indicible.
La forme est au diapason, austère et digne : craie blanche sur sol noir, visages et corps éclairés sur fond noir pour favoriser la catharsis, mais aussi privilégier une réception sans autre élément parasite.