Principalement connu pour être l'homme du Cabinet du Docteur Caligari, le cinéaste Robert Wiene fut pourtant l'auteur d'une poignée de films aux qualités certaines, souvent obstrués par le classique du Cinéma expressionniste allemand sus-cité. Réalisé entre 1922 et 1923 Raskolnikow constitue une adaptation aussi prodigue qu'intelligente du classique dostoïevskien, supplantant en outre la direction artistique ( pourtant déjà très remarquable ) de Caligari tout en demeurant passionnante et profondément dense dans sa dimension littéraire...
Cinéaste de la peur par excellence, Wiene appose son style et l'architecture de ses plans à la personnalité trouble et tourmentée de ce jeune étudiant pétersbourgeois incarné par Gregori Chmara ; livrant un authentique film-cerveau, le cinéaste allemand revisite la ville russe dépeinte par Dostoïevski durant la seconde moitié du XIXème Siècle pour en faire un authentique paradigme de la République de Weimar : individu perdu dans des rues désertifiées, décors intérieurs distordus aux lignes de fuite convergentes, splendeur et misère de galetas et autres taudis à l'aune d'une crise économique allant crescendo...
Les 150 minutes de Raskolnikow passent comme un rien, étayées par de solides intertitres rendant grâce au roman originel tout en s'adaptant au Cinéma muet de l'époque. Construit en sept actes de durée équilibrée ledit film permet à Robert Wiene de s'approprier la richesse psychologique intrinsèque à l'oeuvre de Dostoïevski tout en livrant un pur produit artistique à la beauté formelle peu commune. Supérieur à Caligari, à mon humble avis...