Quatre longs plans-séquence fixes, muets mais non-silencieux à travers lesquels le cinéaste originaire de Milwaukee présente à chaque fois une lectrice ou un lecteur s'adonnant à l'activité la plus absorbante qui soit : la lecture d'un ouvrage, peu ou prou imposant, dans le cadre strict de l'intimité de chacune, et de chacun. Sur une demi-heure multipliée par quatre, donc, Benning tend vers une approche quasiment inquisitrice de ses quatre modèles, partant originellement d'un dispositif typiquement objectif : une caméra fixe enregistrant le réel sans discontinuité aucune, s'affichant comme un Art de la pause, réfutant toute ellipse et toute vision interne au(x) sujet(s) filmé(s).
Readers mature sa matière comme un documentaire à l'affut de chaque micro-évènement qu'il cherche à présenter pour mieux nous inviter à vagabonder, associer, digresser au regard de ce quatuor de lecteurs fatalement désolidarisés par la structure même du métrage. On se surprend à tenter de deviner sur quels romans, ouvrages ou autres essais littéraires nos quatre Sujets accordent leur attention, tout en se sentant libres de succomber par moments à l'ennui et/ou à la distraction. Sans doutes pas le meilleur film de James Benning, mais néanmoins digne d'intérêts.