Alors même qu’il se confond dans des excuses plus grosses que sa personne, Mikey, n’inspire que méfiance et animosité. L’homme erre dans les rues d'une Amérique aux mille fantasmes, tel un zombie tellement abîmé par la vie qu’il ne craint plus le soleil. Sean Baker nous immerge dans la réalité sans artifice d’un arrière-pays désolé,devenu le refuge des laissés pour compte. Brillamment interprété par Simon Rex, Mikey se fond alors parfaitement dans ce paysage inerte. Cette ancienne gloire de la pornographie, dépassé par le système d’une société qui adule puis remplace, semble avoir oublié comment rêver. Même lorsqu’il essaye de s’en sortir, son passé le rattrape, et sa vie ressemble alors à une éternelle dette impayée. Comme ses désirs, qu’il n’obtient plus que par une aide médicamenteuse, l’ambition de ce triste héros est à plat. Dépourvu de toute morale, il cherche, désespérément, à remettre un pied dans un business aussi intéressant qu'éphémère. Quand il rencontre une jeune serveuse de 17 ans, alors, son plan d’action se met en place. Loin des récits picaresques de Taxi Driver ou de Buffalo 66, où les actrices (respectivement Jodie Foste**r et **Christina Ricci) permettent à leurs anti-héros de retrouver un sens à leur existence, la jeune Suzanna Son est ici simple pion d’un échiquier qui la dépasse. Dans son entièreté, la réalisation de Sean Baker induit une vision assez malsaine de la femme. L’actrice est en effet amenée d’une manière déshumanisante, (façon petit bonbon callipyge). Incapable d’avoir une réflexion probante mais extraordinaire quand il s’agit de satisfaire le personnage principal, elle contribue à sa manière à la représentation objéifiée de la gent féminine relatée tout au long du film. Certaines scènes érotiques semblent volontairement provocatrices, et il est difficile de comprendre où nous amène le réalisateur. Si il n’avait pour vocation que de décrire une industrie qui n’associe la femme qu’au plaisir masculin, alors ce point de vue pourrait être intéressant, puisqu’il dépeint une réalité. Or, il semble dépasser le simple point de vue critique, en atteste le duo formé par l’ancienne petite amie de Mikey et sa mère. Cloîtrées chez elle et toxicomanes, les deux femmes semblent dépendre de l’argent sale ramené par le courageux paladin. Difficile de ne pas être partagé entre des choix scénaristiques intéressants et une vision plus difficilement acceptable de la société. Dérangeant, le long-métrage multiplie pourtant les scènes cocaces, et on se surprend à rire de l’absurdité de certaines situations aberrantes qui touchent notre triste bandit. Le demi-dieu, aussi risible que ridicule, se révèle pourtant attachant, et on se surprend, le temps de quelques scènes, à s’identifier à sa détresse.
Red Rocket, en plus de son scénario plus qu’original, est une œuvre rendue agréable par sa photographie. S’attardant sur les natures mortes, mais pourtant bien vivantes, créées de toute pièce par notre monde capitaliste, cette dernière magnifie la simplicité du décor, par des angles de vues magnifiques et une certaine sensibilité artistique. Ajoutons à ce beau rendu des dialogues magnifiquement pensés, et vous obtenez un ovni, qui, à coup sûr, fera parler de lui. Difficile de ne pas avoir un faible pour ce film d’une grande tristesse quant aux comportements humains, mais dont on ressort paradoxalement plutôt enjoué. Mais surtout, déstabilisé.