Avec Red Rocket, Sean Baker poursuit son exploration de l’Amérique des laissés-pour-compte, en suivant le retour chaotique d’un ancien acteur porno dans sa ville natale du Texas.
Comme dans The Florida Project, la mise en scène baigne dans une esthétique pastel envoûtante, qui contraste avec la précarité des personnages. Cette approche renforce l’ironie du film : sous ces couleurs douces se cache une réalité bien plus rude. Le portrait des marginaux américains est aussi authentique que cruel, avec une critique évidente du rêve américain et de ceux qui s’y accrochent désespérément.
L’interprétation de Simon Rex est l’un des grands atouts du film. Il incarne Mikey avec une énergie toxique et un charisme répugnant, rendant son personnage aussi fascinant qu’insupportable. À ses côtés, Suzanna Son, dans le rôle de Strawberry, navigue avec justesse entre naïveté et contrôle, rendant leur dynamique particulièrement troublante.Si l’ensemble fonctionne, le film manque parfois de subtilité. Là où The Florida Project jouait sur l’implicite, Red Rocket appuie davantage son propos, notamment à travers des personnages parfois caricaturaux et des références politiques un peu trop grossières. De plus, son sujet plus spécifique le rend moins universel dans son impact.
Malgré ces réserves, le film reste captivant, notamment grâce à son atmosphère unique et son final poétique qui laisse une étrange mélancolie. Sean Baker continue de dresser un portrait amer et vibrant d’une Amérique désenchantée.