On pourrait parler de scandale. Trois petites semaines en salles et puis s’en est allé, ce premier film de Miguel Sapochnik. Même tarif aux Etats-Unis, où le bide a été conséquent. Il est difficile d’évaluer à chaud le pourquoi du comment de cet échec retentissant ; peut-être est-ce parce que Repo Men est un film de bâtards. Entre son réalisateur aux origines visiblement latino-russes (!), sa forme (actioner ? film gore ? SF ?), son panel de personnages détestables (de sacrés bâtards ceux-là !), il y a effectivement de bonnes raisons de perdre du public en route.

En résumé on pourrait dire qu’il y a trop d’action pour l’amateur de science-fiction réfléchie (et vice et versa), trop de sang et de bidoche pour les bouffeurs de pop-corn. Ajoutez à cela des anti-héros pur souche (cyniques, froids, violents, pas fute fute, Whitaker et Law sont admirables dans leurs rôles) et deux portraits de femme pas très élégants (choisissez entre la camée et la mère de famille autoritaire), et là c’est vrai, ça fait beaucoup pour Hollywood et ses consommateurs avertis.

Donc ok, Repo Men s’adresserait plus aux amateurs de film de genre. Mais même chez eux, il n’a pas trouvé grâce ! On accuse un scénario invraisemblable : dans un futur proche, il est possible de se greffer des organes-prothèses à gogo en s’endettant sur cinquante ans, et en cas de non recouvrement, on vient vous le rechercher, merci au revoir. Le film est donc surtout le portrait au vitriol de cette chose sacrée que la société est finalement parvenue à monnayer en toute impunité : le corps humain.

Traiter un sujet aussi difficile par le biais de l’entertainment était un pari osé mais il est réussi haut la main : les péripéties s’enchaînent très vite, les twists sont réussis, l’humour ne manque pas malgré la gravité du thème et l’ambiance générale très sombre. Et surtout, contrairement à ce qu’on peut lire ça et là, les scènes d’action sont menées tambour battant (point d’orgue, cette baston hallucinante aux armes blanches). Enfin, l’aspect gore, très présent, est non seulement assumé (les coups de scalpel sont très très nombreux), mais en plus traité avec énormément de panache (cf. ce final ahurissant qui n’est pas sans rappeler le Crash de Cronenberg). Repo Men est unique en son genre, un peu dingo et c’est pour ça qu’on l’aime.

Créée

le 16 sept. 2018

Modifiée

le 6 juin 2024

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François Lam

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