Avec Rhapsodie en août, Kurosawa explore la guerre et en particulier la tragédie de la bombe atomique, à travers des yeux d’enfants et adolescents. Et c’est à travers leur grand-mère qu’eux-mêmes sont confrontés à cette folie meurtrière d’un passé qu’ils n’ont pas connu.
Ici, plus que l’événement même de la bombe atomique, le réalisateur nippon visite la manière dont l’histoire est perçue plus de 50 ans après, alors que l’on en est à la 3e génération. Et il aborde en particulier le sujet sensible du rapport à l’Amérique et aux américains. En effet, le jeune frère de la grand-mère des enfants a fait sa vie en Amérique et reprend contact avec elle.
Malheureusement, Rhapsodie en août manque de rythme, d’émotion et peine à emporter notre adhésion. Il y a quelque chose d’artificiel, de forcé. Le jeu des enfants en particulier nous laisse sur les bas-côtés.
Pourtant à travers cette histoire, nous percevons que pour Kurosawa, il s’agit d’une œuvre personnelle dans laquelle il s’est investi, comme en chacun de ses films :
« Mes films naissent de mon propre désir de dire une chose particulière à un moment précis. La racine de tout projet cinématographique pour moi est ce besoin intérieur d'exprimer quelque chose. » (autobiographie de Kurosawa). On peut retenir ici la rencontre entre le neveu venu d’Amérique et la grand-mère qui a perdu son mari à Nagasaki. Le dialogue a beau manquer de finesse et de profondeur il traduit un désir de dialogue et de pardon. Kurosawa ne juge pas, il évoque au delà du drame de la bombe les répercussions sur les familles, l’importance de faire mémoire, de relire les événements, de recréer les liens. Malheureusement c’est long, raconté d’une façon qui ne nous touche pas et finalement décevant.
Il reste néanmoins quelques images fortes comme le dialogue dans les nuages qui ouvre le film ; l’œil de la bombe atomique et la procession des fourmis jusqu’au sommet d’une rose, réputé pour être le plan le plus difficile à réaliser de la carrière de Kurosawa. D’une manière ou d’une autre, Kurosawa réussit toujours à sublimer à un moment ou un autre une histoire.