Un pur objet d'avant-garde, authentique référence du Cinéma alternatif et féministe : Riddles of The Sphinx constitue un film aux confins de l'Art expérimental réinterrogeant le concept de male gaze instauré par sa réalisatrice dans le courant des années 70. En sept chapitres formant un étrange et nébuleux palindrome filmique Laura Mulvey tente, dans une forme tour à tour ludique et très (trop ?) exigeante, de déconstruire le patriarcat et le rôle de la femme dans sa redoutable fonction maternelle...
Sept chapitres sur ordonnance donc, avec en point d'orgue un quatrième montrant les activités aliénantes du personnage de Louise plus ou moins condamné à remplir son rôle de mère au foyer au gré de longs plans-séquence tournés en panoramique 360° : rémanences potentielles du dispositif conceptuel du Saute ma Ville de Chantal Akerman, court métrage qui dynamitait littéralement l'espace cuisinier d'un appartement exsangue de toute présence humaine...
Entre une texture hybride jouant sur une palette de couleurs rabattues et granuleuses ( le film de Mulvey fut tourné en format 16mm ) et une voix off parfois ininterrompue présentant des corrélations psychanalytiques directement issues de la pensée freudienne - et de fait oedipienne - Riddles of the Sphinx constitue un film aussi pénible et exigeant qu'intéressant à bien des égards : un Cinéma capable de penser autrement, et de fait entièrement moderne dans sa forme et sa portée discursive. Médusant mais passionnant, en dépit de sa lourdeur relative...