Les mêmes recettes, oui mais...

Howard Hawks a 74 ans lorsqu'il tourne Rio Lobo qui sera son dernier film. Le prestigieux cinéaste (un de mes préférés) laisse donc, tel un testament, ce western que certains s'ingénient à trouver quelconque et moyen. Il ne faut pas s'étonner si on croit avoir déjà vu ce genre d'histoire, c'est voulu, car en 1970, après les éclatantes réussites que furent Rio Bravo et El Dorado, Hawks reprenait sans vergogne le même canevas et le même acteur principal autour duquel il a bâti une sorte de trilogie. On retrouve en effet les thèmes les plus chers du réalisateur, sans avoir la splendeur et la perfection de Rio Bravo, mais le film porte indiscutablement la griffe hawksienne, que ce soit dans la description des 2 femmes, le nettoyage d'une petite ville d'une bande de hors la loi, la figure d'un petit vieux pittoresque (excellent Jack Elam qui a remplacé Walter Brennan et Arthur Hunnicutt), et le traitement manichéen de l'action.
Hawks donne du poids à une intrigue pourtant guère originale, possédant un savoir-faire à toute épreuve lui permettant de réaliser un western chaleureux, plein de vie et de passion, en montrant les choses le plus simplement possible, avec une mise en scène également simple, fluide et limpide. Le plaisir vient donc dans cette histoire pourtant banale, de cette fluidité magistrale, particularité renforcée par un humour décapant. Plus profondément ironique que Rio Bravo, moins franchement rigolard que El Dorado, Rio Lobo représente l'harmonie parfaite entre l'action et l'humour, qui fait que tout en restant passionnant au niveau de l'aventure, le film ne se prend jamais vraiment au sérieux. D'ailleurs, il y a un détail qui ne trompe pas, c'est que John Wayne a toujours paru léger et détendu dans les films qu'il a fait avec Hawks (5 films ensemble).
Alors, on pourra me parler de vieilles ficelles, de recettes plus ou moins éculées et de scènes qui sentent le réchauffé, et il est vrai que Rio Lobo reste indéniablement inférieur aux 2 autres westerns sus-nommés de Hawks, mais je répondrai que justement, les vieilles ficelles sont peut-être les bases du western classique, et que Howard Hawks qui peut se vanter d'avoir répété 3 fois la même histoire à quelques variantes près, sait sacrément faire du neuf avec du vieux.

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le 22 sept. 2017

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Ugly

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