Verhoeven : de chair et d'acier !

"À l'aube de l'an 2000, Detroit est en proie au crime et à la corruption. Pour palier cette terrible situation, les services de police inventent une nouvelle arme infaillible : Robocop, mi-homme, mi-robot, policier électronique de chair et d'acier, qui a pour mission de faire régner l'ordre et la justice. "A lire un tel résumé, difficile de dire que l'on a en face de soi un monument du cinéma, et pas un production Besson... Et pourtant, le "Hollandais violent" nous livre une œuvre d'une puissance magistrale. Quand la violence se marie à un regard critique sur une société déshumanisée. Et c'est à coup de boutoir que Paul Verhoeven assène son discours politique ! Un cinéma sans concession : merci Paulo!

Dans une introspection des U.S.A. pendant les années Reagan, Verhoeven dépeint une Amérique au bord de la folie. Tandis que la froideur des immeubles toise les rues poisseuses, les yuppies rayent le parquet pour arriver à leurs fins. Tant pis si d'autres doivent mourir. Pourvu que l'argent coule à flots. Vision cynique d'un capitalisme exacerbé ?

Et quand Paulo en rajoute une couche, c'est tout simplement jouissif. Le réalisateur mitraille à tout va les failles de la société américaine. Elle qui est accro aux armes, au pognon, à l'apparence et... Y a-t-il encore quelque chose à sauver ? Peut être notre âme.

Et c'est là qu'on reconnait le talent du réalisateur, d'insuffler dans un déluge de violence et de cynisme des enjeux dramatique forts. Murphy, jeune policier innocent est d'abord crucifié avant de ressusciter en tant que Robocop. D'homme, le voici devenu machine. Le monde entier le considère comme tel. On lui refuse le droit de rêver et d'avoir une conscience... Les salopards !

Mais à Robocop, on ne l'a lui fait pas. Et quand par hasard il arrête un de ses assassins, il décide d'explorer son passé. Celui de Murphy et non le sien. Et tout en essayant de rendre justice à Murphy, le cyborg va se découvrir une humanité. Robocop va découvrir que Murphy fait toujours partie de lui. La machine accepte son passé d'homme et l'identité de ce dernier. Comment au final Robocop se définit ? le réalisateur laisse la question en suspens. On assiste à un éveil et non pas à un réveil.

Mais ne croyez pas que tout devient rose, le cynisme de cette société reprend le dessus. Robocop est conscient de son statut de marionnette, mais les fils sont toujours là. Et la société reste dans sa folie immuable... Et Vlan ! Paulo te mets des claques. T'en prends plein les dents, surtout quand c'est bien filmé. Un astucieux usage de la contre-plongée permet d'obtenir un Robocop imposant. Le tout servi par un travail de photographie exemplaire. Le gris, couleur dominante, permet de symboliser le côté froid et lugubre de la société.

T'en redemande ? Avec Robocop, c'est : 50% homme, 50% machine mais 100% plaisir !!

Une critique par tsointsoin du blog format 35
overcube
9
Écrit par

Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur.

Créée

le 9 janv. 2013

Critique lue 470 fois

overcube

Écrit par

Critique lue 470 fois

D'autres avis sur RoboCop

RoboCop

RoboCop

8

Sergent_Pepper

3185 critiques

50% blockbuster, 50% auteur, 100% Verhoeven.

C’est bien à la fameuse politique des auteurs que je dois le visionnage de ce film. Lorsqu’un réalisateur singulier et malin s’empare d’un sujet aussi puissamment commercial, on est à l’affut de la...

le 1 mars 2014

RoboCop

RoboCop

9

StandingFierce

94 critiques

Le Miroir aux Alouettes

-"Hey mec j'ai une super idée!" -"Je t'écoute" -"On va faire un film qui démonte la société de consommation capitaliste." -"Et comment on le vends le film après? pauvre gogol lol" "-T'as raison, on...

le 12 oct. 2013

RoboCop

RoboCop

9

Gothic

324 critiques

Human After All

Si vous n’avez pas vu "RoboCop", quittez cette page. Vous avez 20 secondes pour obéir. En surface, ce diamant brut du hollandais peut être perçu comme un simple film d'action, sans profondeur, aussi...

le 14 sept. 2014

Du même critique

À tombeau ouvert

À tombeau ouvert

9

overcube

25 critiques

A tombeau ouvert, à tomber par terre

Martin Scorcese, ce nom renvoie immédiatement à des films comme Taxi Driver, Casino... On pense à des acteurs de la trempe de Di Caprio, De Niro... Pourtant, son putain de meilleur film est relégué...

le 9 janv. 2013

Blow Out

Blow Out

10

overcube

25 critiques

Blow Out : In !

- Ça c'est un cri... Je rajouterai : ça c'est un film ! Et pas n'importe quel film. Non monsieur ! Ici ça transpire l'amour du septième art, ça dégouline de passion ! "El maestro" donne la mesure et...

le 9 janv. 2013

Holy Motors

Holy Motors

8

overcube

25 critiques

"Holy Motors", où Carax renaît (encore) de ses cendres

Parler de ce film pourrait paraître presque impossible, tant il peut sembler inexplicable et condamné à une opposition ardue entre fans ou détracteurs du cinéaste. Dans la catégorie des premiers,...

le 9 janv. 2013