Le chef-d'œuvre de Paul Verhoeven

Sorti en 1987 et réalisé par Paul Verhoeven, Robocop est un film absolument cultissime des années 80. Réalisateur hollandais, c'est d'abord avec La Chair et le sang (1985) qu'il s'est imposé aux yeux du monde et qu'il s'est offert pour le même coup une voie royale pour les Etats-Unis. Pour Paul Verhoeven, "le hollandais violent", Robocop ce sera donc son premier film 100% hollywoodien. Et c'est surtout un grand film qui en appellera bien d'autres, Basic Instinct, Total Recall, Starship Troopers ... jusqu'à sa chute qui provoquera son retour au pays. En le revoyant presque plus de quarante après, on se rend compte à quel point Robocop est un film visionnaire pour son époque et qu'il n'a pas pris la moindre ride ... même les effets spéciaux en stop motion, pourtant "datés", ont gardé un certain charme. On se rend compte aussi à quel point ce film est violent, certainement le film le plus gore et sanglant de toute la carrière de Paul Verhoeven. Gamin, c'est le film qui m'a le plus traumatisé, à égalité avec Alien, Les Dents de la Mer et La Mouche.

Nous sommes à Détroit, dans un futur proche, dans la ville où le taux de criminalité est le plus élevé de tous les Etats-Unis. C'est alors que l'OCP, une entreprise privée spécialisée dans l'armement, propose ses services pour armer la police de Détroit. En raison du caractère imparfait des êtres humains qui établissent la justice, seul un robot pourra rendre une justice parfaite. Leur dernière arme de pointe, ce sont donc des robots lourdement armés (le projet ED-209). Mais l'expérience ne s'avère pas concluante, c'est pourquoi ils décident d'utiliser Alex Murphy (Peter Weller), un policier grièvement blessé lors d'une opération de police et laissé pour mort, voire même mort. Alex Murphy sera Robocop, un Roboflic, mi-homme mi-machine. Et pour remplir sa mission, Robocop sera aidé par sa coéquipière Anne Lewis (Nancy Allen).

Dés l'ouverture du film, le ton est donné. On voit un journal télévisé dans lequel se succèdent des images de guerres et de révoltes. Les journalistes débitent les pires horreurs en maintenant un sourire ultra brite. Et sans transition, viennent s’intercaler des plages de publicités qui font l'apologie des prothèses médicales, des armes nucléaires et d'une voiture/Godzilla qui écrase tout sur son passage. Robocop c'est tout sauf un film de science-fiction bête et méchant. C'est un pamphlet gauchiste contre la politique sécuritaire de Ronald Reagan. C'est une satire et c'est sanglant.

Robocop est un film de science-fiction explosif qui utilise l'ultraviolence pour masquer sa satire de la culture populaire américaine et du capitalisme. Il dénonce les entreprises privées qui sont corrompues et avides d'argents et de pouvoir. Et situer l'action à Détroit, n'est pas un hasard. C'est le symbole du déclin de l'empire américain, avec la fuite des grands constructeurs automobiles. Le Détroit du film est une ville décadente, en proie au chômage, à la drogue, aux viols et aux crimes. C'est une critique du capitalisme effréné de l'ère Reagan, qui est à l'origine de plusieurs formes de violences et d'inégalités (économique et sociale).

Et Paul Verhoeven oblige, il ne nous épargne rien lors des scènes d'action gores et sanglantes. Dés le début du film, il y va fort. On voit le Robot ED-209 qui dysfonctionne lors d'un test et tue l'un des membres de l'OCP. Il est littéralement criblé de balles devant une assemblée médusée. Et puis, il y a la fameuse scène dans laquelle notre héros se fait littéralement démembrer par des tirs à bout portant, une scène particulièrement dure à supporter et très (très) violente. La symbolique est très forte, avec Murphy qui est abattu comme Jésus cloué sur la croix, c'est la crucifixion. Et après sa mort, Alex Murphy renait dans l'armure de Robocop, le Christ est ressuscité. A la fin du film, il y aussi cette scène qui m'a traumatisé plus jeune, lorsque l'un des membres du gang prend un bain d'acide ... c'est absolument répugnant !

Alex Murphy est un personnage tragique. Lorsqu'il devient Robocop, c'est à dire une machine, il va (re)découvrir son passé. Lors d'une scène clé du film, Il va se souvenir qu'il avait une maison, une femme et surtout qu'il était humain. Cette scène est déchirante, l'une des meilleures scènes du film. Avec ce personnage, Paul Verhoeven essaie de nous mettre dans sa "peau". On a de nombreux passages en caméra subjective, comme lorsqu'il se réveille pour la première fois en Robocop. Et puis, comment parler de Robocop sans évoquer la BO de Basil Poledouris et des effets spéciaux de Phil Tippett ? Le thème de Basil Poledouris est juste excellent et on reconnait tout de suite son style (la BO de Conan le Barbare, c'est de lui aussi). Quand à Phil Tippett, il s'amuse comme un petit fou avec le robot ED-209 animé en stop motion. Il apparait peu, mais ça a suffit pour en faire un personnage culte de la pop culture des années 80.

Bref, Robocop est un film de science fiction audacieux, qui ne manque ni d’humour (ED-209 monté sur deux pattes qui chute dans l'escalier) ni d’action et qui invite à la réflexion. Le film dénonce la banalisation de la violence, le capitalisme incontrôlé et inégalitaire, ou encore les dérives de la robotisation et de l'IA. Avec Robocop, Paul Verhoeven manie avec merveille le politiquement (très) incorrect et il nous refera le coup avec Starship Troopers (1997), avec la même réussite.

Créée

le 6 sept. 2025

Modifiée

le 8 sept. 2025

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lessthantod

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