Rock Bottom est un film singulier, qui cherche à plonger le spectateur dans un univers psychédélique et onirique en s’appuyant sur l’album éponyme de Robert Wyatt. Réalisé en rotoscopie par Maria Trenor, le projet affiche une ambition esthétique certaine, mais ne parvient pas toujours à convaincre. Pour ma part, je suis resté à distance du film, parfois même franchement rebuté par son atmosphère étouffante et son récit décousu.
On ne peut pas enlever au film sa volonté d’oser. L’audace visuelle, l’envie de faire dialoguer musique, animation expérimentale et récit intime sont présentes à chaque plan. Certaines séquences flottantes ou hallucinées atteignent effectivement une forme de grâce hypnotique. L’approche sensorielle de la mise en scène, entièrement construite autour de la subjectivité des personnages, donne parfois lieu à des images marquantes, presque troublantes. Le film assume aussi un rythme lent et contemplatif, qui pourra séduire un certain public, amateur d’objets cinématographiques atypiques.
Mais ces choix radicaux sont aussi ses limites. Les séquences de planage incessantes, les délires oniriques et la répétition des effets psychédéliques m'ont mis dans un état second, pas du tout agréable. J’ai eu la sensation que le film tournait en rond, sans avoir grand-chose à raconter. La vie du musicien, certes marquée par une blessure intime, ne m’a pas paru suffisante pour porter un long métrage. Les personnages manquent de chair, de pulsation : on les sent figés, absents, presque fantomatiques. Comme s’ils appelaient la mort, sans en être vraiment conscients. Résultat : une ambiance déprimante, voire pesante.
Quant à la rotoscopie, je l’ai trouvée ici maladroite, parfois paresseuse, notamment dans les transitions entre les scènes clés. Elle n’apporte pas vraiment de souffle, ni de surprise. J’ai eu du mal à m’impliquer émotionnellement, constamment ramené à une esthétique qui m’isolait au lieu de m’immerger.
Rock Bottom n’est pas un mauvais film, mais c’est un film profondément polarisant. Il divisera selon la sensibilité de chacun à son esthétique psychédélique et à son approche expérimentale, pas tout à fait expérimentale d'ailleurs étant donné que ce n'est pas la première fois que l'on voit ce genre de rendu. On peut reconnaître le travail accompli, l’ambition de proposer quelque chose de différent. Mais en ce qui me concerne, j’ai été mal à l’aise, découragé par l’usage de la rotoscopie, et peu intéressé par cette ambiance vaporeuse et nauséeuse. Un film qui ne manque pas d’idées, mais qui m’a surtout laissé une impression de vide.