Bon, initialement ne pas se fier qu'au résumé de la fiche SC, ça fait juste le trio amoureux de base comme y'en a eu des caisses alors qu'il y a plein d'autres trucs dedans à découvrir.
Pour ne pas complétement paraphraser Alligator, oui c'est un Monicelli (assisté par Carlo Vanzina, l'un des fils de Steno, son premier compère) scénarisé par Age & Scarpelli avec Tognazzi et Ornella Muti...donc là comme ça pourquoi je ne le découvre qu'aujourd'hui avec moins de 40 Scritiquiens qui l'ont visionné...vu la dream team ???
Même si ce film semble avoir connu un grand succès au box-office transalpin de son époque (6ème film de l'année avec près de 6 millions de spectateurs devant "La Tour infernale" ou "Emmanuelle"), il n'est sorti en France que 4 ans plus tard (un jour, on causera enfin du scandale du mépris de la critique hexagonale pour les comédies IT, qui glorifie et rabâche -toujours sur Jean Eustache et autres trucs urbano-nombrilo-parisiano-bobos, bref).
A-t-il été diffusé ensuite à la TV, mystère ? En tout cas pas chez Patrick Brion (à qui nous devons tant et tant) ce qui n'est pas bon signe non plus.
Sinon, dans la filmo de Monicelli, il est "coincé" entre "Nous voulons des colonels" et surtout, "Mes chers amis" et même s'il a ramené beaucoup de Lires, pas forcément simple d'exister face à l'équipée farcesque et désespérée qui va suivre ou la grosse farce qui précède.
Ca peut (un peu) faire penser à "Drame de la jalousie" (c'est les mêmes scénaristes ;-)), certes au début (en moins barré), croisé avec "La classe ouvrière va au paradis" (en moins sentencieux). Ce mix improbable ne doit pas vous faire fuir, il faut laisser le film s'installer, au moins pour la grande performance (une fois de plus) de Monsieur Ugo Tognazzi. Il est impressionnant de la première à la dernière seconde du film avec ses retenues et ses colères, ses rêves, ses flash-backs et sa voix-off rochefortienne (Dabadie & Y Robert auraient-ils vu ce film ?) en syndicaliste ouvert et tolérant, "des années 70", footeux et tout et tout...je ne spoile pas plus. Bien écouter les dialogues et observer chaque détail, c'est du A & S donc du cousu main à 4 mains.
Ornella Muti, encore toute jeune, fait le taf en jeune pas effarouchée exodée de Campanie...Claudia Cardinale, 15 ans après avec les mêmes frères mais pas le même prétendant ;-)
Le maillon faible, à mon humble avis est Michele Placido en CRS suturé, fan de foot...il manque clairement d'1 truc pour cartonner, n'est pas Franco Nero ou Giancarlo Giannini qui veut, et c'est bien dommage. Un (jeune) cador d'époque (si vous en avez d'autres que les 2 cités ci-avant, je suis preneur) face à Tognazzi et peut-être que l'on causerait encore de ce film.
Tous les seconds rôles font le taf, sans pb, avec soin et volubilité, belle galerie comme svt chez Monicelli. Dont, très rapidement, Alvaro Vitali et sa tronche de compet' que je vous laisse trouver. :-)
A voir sans doute plusieurs fois pour profiter du moindre détail et de la moindre réplique tels que les Age & Scarpelli * savent les peaufiner sans parler des accents pour ceux qui les captent.
* Du sourire à l'aigreur, du rire aux larmes, ils ont construit une si riche et cohérente œuvre d'une grande réflexion sur leur époque entre 2 grivoiseries ou un truc super glauque qui calme direct . La grande classe. Nous n'avons pas l'équivalent, personne d'ailleurs.
Donc, fans de "Comédie Italiennes" et/ou à "à l'Italiote" (comme dirait Enrico Giacovelli), prenez quelques dizaines de minutes, dans la quiétude, pour découvrir ce film, peut-être mineur, (c'est pas "le Fanfaron" ou "le Pigeon", of course) mais non dénué de charme, d'originalité ou d'intérêt. On y redécouvre l'Italie des débuts 70's et ses problématiques de fer, de région, de classes et de plomb. Le choc des cultures et des mentalités porté par un acteur prodigieux (et réa à découvrir) si peu connu en France, à part "La Cage aux folles" ou presque.
Du cinéma intelligent en phase cohérente et non moralisatrice avec son monde et son époque. Du ciné d'avant Berlusconi…