Roqya est une véritable découverte, et, osons-le dire : une petite claque.
Et plusieurs choses sont à noter pour appuyer une telle affirmation.
Premièrement, il me semble que saluer le choix des acteurs est important. Golshifteh Farahani est incroyable dedans, et prouve enfin qu'elle peut concilier sa beauté légendaire et son jeu d'actrice. Quant à Jérémy Ferrari, le voir dans un tel rôle est plutôt jouissif : il étale enfin son talent de comédien au grand jour tout en abordant des sujets qui semblent lui tenir à cœur.
Parlons-en, justement, de ces sujets qui font la force du film. L'œuvre tire en effet sa puissance du traitement de ces sujets : la superstition, les réseaux sociaux, les milieux défavorisés... Et chaque approche de ces thèmes est fait avec une profonde justesse, et une dénonciation pleine de nuance.
Le film dénonce ainsi avec force la superstition qui, à l'heure des réseaux sociaux, de la désinformation et d'une sensation d'abandon politique ressurgit et fleurit de plus belle - sorcières, marabouts, interprétations irrationnelles des textes sacrés... Mais, plutôt que de le dénoncer en offrant en pâture de son film une pseudo-sorcière, Saïd Belktibia fait le choix d'un personnage bien conscient du caractère grotesque de ces croyances et qui ne voit en ces dernières qu'un business qui lui permettra de s'en sortir. On n'est donc pas dans une dénonciation violente et frontale du type "seuls les abrutis y croient". On voit que certains profitent de la faiblesse, de la détresse, de la solitude de leurs semblables pour les enfermer dans ces croyances par pur profit.
Même chose avec les réseaux. On n'est pas dans une critique stupide du type "c'est mal, c'est le fléau de la société". Evidemment leurs dérives sont pointées du doigt, et avec intelligence : la critique sans aucune connaissance, la violence verbale, la saturation d'informations... Mais c'est aussi cet outil qui permet à Nour (le personnage de Golshifteh Farahani) de retrouver son fils. Les premiers cas sont des utilisations subies, le second est une utilisation maîtrisée.
On retrouve le même traitement avec les milieux défavorisés, terreaux de la violence, de la désinformation, des sentences sans procès... Mais c'est aussi le lieu où on cherche de l'aide, on cherche aussi à aider Nour, c'est aussi l'endroit où on pleure ce jeune gamin qui s'est tué.
On voit donc transparaître la justesse de chaque critique, qui est pesée, nuancée, réfléchie avec soin. Au point même qu'il est difficile de se faire une idée des personnages à la fin du film. Qui est Nour ? Une femme sans cœur, presque possédée, qui exploite le malheur des autres ou une mère célibataire qui fait ce qu'elle peut pour s'en sortir ? Qui est Dylan (le personnage de Jérémy Ferrari) ? Un homme violent, enfermé dans sa bêtise et ses superstitions ? Ou un homme blessé, encore amoureux de sa femme, qui cherche à sauver son fils ? Et Amine ? Un gamin perdu qui veut sauver sa mère, ou un gamin terrifié par cette dernière qui cherche d'abord à se sauver lui ?
Bref, on voit un scénario bien plus complexe et intelligent qu'il n'a été évoqué dans les critiques de ce site. Un scénario, qui plus est, bien soutenu par les images. Comment ne pas voir des hommages aux Misérables de Ladj Ly lorsque la cité s'embrase ? Œuvre qu'on peut difficilement qualifiée de "non-esthétique". Comment ne pas sourire lors de la scène durant laquelle Ahmed touche la grenouille : son brouillard, son obscurité et toute l'allure de Golshifteh Farahani qui s'en retrouve réhaussée sous ses airs de sorcières modernes ? Même si, je l'accorde, le côté esthétique du film n'est pas le plus développée ; ce qui, à mon sens, reste son point faible et lui fait perdre ses rares points.
Aussi, pour conclure, le film est une grande réussite. Il signe à mon sens une belle confirmation et une belle entrée dans le monde du cinéma pour l'actrice et l'acteur principaux. Les sujets sont traités avec intelligence. Mais la photographie aurait pu être plus soignée !