Dernier film de Alexandre Ptouchko, réalisé un an avant sa mort, Rousslan et Ludmilla est peut-être son œuvre ultime, celle où toutes ses passions sont réunies et magnifiées. Contes de fées, croyances païennes, guerres épiques : tout est là dans cette histoire merveilleuse qui s’étend sur près de deux heures trente.
Le réalisateur adapte un texte célèbre de Alexandre Pouchkine pour raconter l’histoire d’un preux chevalier parti retrouver sa promise, enlevée par un sorcier à la barbe géante. Fidèle à l’écrit original, Ptouchko fait parler ses personnages en vers et, si chaque scène semble tout droit sortie d’un tableau de l’histoire de la Russie, il s’en dégage également une magie semblable à celle des anciens dessins animés de Walt Disney (animaux entourant les héros, humour inséré dans certaines scènes, etc...).
Les décors sont plus travaillés que jamais, entre forêts menaçantes et palais de glace enchantés, et contribuent chaque fois à donner une atmosphère particulière au film, accentuée par de nombreux trucages visuels. Ainsi, l’on passe de l’horreur à l’émerveillement, les protagonistes devant braver des bois interdits peuplés de sorcières et d’animaux sauvages. On a même droit, une décennie avant l’avènement du jeu vidéo, à une phase de “plateforme 2D” où la princesse doit sauter de plateforme en plateforme. Le tout se conclut par une bataille épique, rappelant les éclats de bravoure du Géant des steppes.
Finalement, si l’on a souvent comparé Ptouchko à Disney, on peut aussi le rapprocher d’un Cecil B. DeMille (pour sa volonté de montrer les origines mythiques de son pays) et même d’un Peter Jackson pour son sens du souffle épique et du spectacle.