J'ai enfin lancé ce blockbuster télougou (en hindi sur Netflix) après l'avoir longtemps repoussé.
V'là donc un film mené tambour battant, avec peu de respirations, à flux tendu ! De cette débauche de virtuosités (propre au genre actuel en Inde), le film tire sa grande singularité (au point où d'aucuns estime que le film met à l'amande Hollywood, oubliant que Tsui Hark reste le maître actuel du game) et son implacable limite.
Cet excès d'inventivité formel finit par lasser et là où la première 1h30 fascine, la dernière - dans la même démesure - rend, par excès, les effets moins impressionnants. Il aurait fallu, en l'occurrence, que Rajamouli applique l'art rythmique des pleins et des déliés que maîtrise, dans le même registre, Sanjay Leela Bhansali.
Par ailleurs, le fond du récit - une révolte populaire dans l'Inde coloniale des années 20 - laisse penser qu'on aimerait davantage de cinéma décolonial comme celui-ci. Reste que, à revers, le nationalisme foncier du propos, nourri sur le terrain de l'injustice crasse que le colonialisme britannique à imposé au sous-continent indien, dynamisé là par un art brillant de l'édification, rapproche le film du patriotisme xénophobe de Narendra Modi.
En somme : le film est virtuose (sans conteste et jusqu'à la lie) mais son discours, légitime pour un pays en pleine croissance géopolitique, interroge à l'ère de la montée des nationalismes (et dont RRR, dans l'industrie télougou, n'est que la partie émmergée de l'iceberg).