Pour un premier long métrage, Rose Glass semble nous avoir pendu quelque chose d'assez singulier.
On est face à une œuvre d'horreur psychologique qui peut vraiment surprendre par son intensité et sa thématique religieuse. D'ailleurs quand j'ai probablement été très agréablement surpris, par les quelques mauvaises critiques du film, puisqu'au final, j'ai pu au contraire en voir pas mal de qualité.
Dès les premières minutes ce qui m'a vraiment scotché c'est la performance de Morfydd Clark. L'actrice livre une prestation complètement habitée et nuancée dans le rôle de Maud. Elle arrive à rendre palpable ce basculement permanent entre la dévotion pieuse la plus pure et une folie obsessionnelle vraiment effrayante. Mention spéciale à ces gros plan sur son visage que se déforme une demi seconde avec le cut... ça me hante efficacement. Pour un premier film je trouve que la réalisation de Rose Glass est d'une grande maîtrise. Elle utilise des cadres très serrés avec une esthétique claustrophobe qui viennent renforcer l'isolement mental de la protagoniste de façon magistrale.
( D'ailleurs je ne sais pas si on peut parler de body horror par moment, mais c'est assez limite, surtout sur la fin.)
Il faut dire que l'atmosphère sonore et visuelle participe énormément à cette tension. La photographie de Ben Fordesman joue sur des tons sombres et organiques qui viennent contraster violemment avec des éclats de lumière presque divine. Sans oublier cette bande-son par-dessus est grinçante et viscérale ce qui nourrit activement ce sentiment d'angoisse tout le long du visionnage... Quoi qu'un peu convenu et qu'on pourrait prendre pour un poil trop classique.
Le film explore avec une grande intelligence cette frontière très ténue qui existe entre l'extase religieuse et le trouble psychiatrique tout en abordant de front la question du traumatisme et ce besoin profond de reconnaissance.
Mais bon comme souvent avec ce genre de proposition très radicale il y a des limites et une ambiguïté qui peut diviser. Déjà on est sur un rythme très slow burn. Le film prend vraiment son temps pour installer son intrigue et je pense que les spectateurs habitués aux films d'horreur plus conventionnels bourrés de jump scares risquent de trouver le milieu du film un peu trop contemplatif. En plus on retrouve cette même approche que dans des films d'horreur psychologique modernes comme The Witch ou Hérédité où l'histoire laisse une grande part d'interprétation.
Du coup certains spectateurs peuvent vite se sentir frustrés par le manque d'explications explicites sur certains éléments du passé de Maud. Moi j'avoue avoir apprécier le flou, le manque de réponse, je trouve que ça participe à la poésie du truc... Mais je vois souvent du monde critiquer les films d'horreurs psychologiques se la jouer trop "film d'auteur" et c'est typiquement le prototype de film qui pourrait un peu trop se la jouer comme ça.
C'est vraiment le genre d'œuvre qui prouve qu'avec une belle économie de moyens un budget limité et très peu de personnages on peut créer une tension psychologique bien plus efficace que dans de nombreux blockbusters d'horreur actuels.
Ceci dit, je pense que y'a une mécanique qui ne fonctionne pas dans le film et qui malheureusement est assez essentielle. On est pas non plus sur une voiture sans moteur, mais on comprend très vite que les visions de la fille vont se répéter encore et encore, faisant alors comprend au spectateur que rien n'aura trop de répercutions physiques. L'horreur est dans ça tête et ça va rendre le film trop timide, pendant un poil trop de temps...
C'est trop sage!
Puis il y a cette question de la durée. Avec seulement une heure et vingt-quatre minutes au compteur je rejoins certains avis pour dire que la relation entre Maud et sa patiente Amanda aurait mérité d'être davantage approfondie. Ça aurait pu donner encore plus de poids émotionnel au dénouement... Qui n'en a que très peu pour le coup et c'est franchement dommage.
Je voudrais pour finir récompenser son originalité de mise en scène qui m'a vraiment marqué, dommage qu'il soit trop en surface, comme bloqué dans une illusion perpétuelle. Il n'a pas trop de poid, mais ça reste un petit conte horrifique efficace.