Salaud
6.4
Salaud

Film de Michael Tuchner (1971)

Pendant que les États-Unis se frottaient à un nouveau type de polar à la fois réaliste, désespéré et violent (French connection, L’Inspecteur Harry, Serpico, etc.), la Grande-Bretagne livrait sa propre vision du genre. Très exactement en trois films : La Loi du milieu (1971), The Offence (1972) et donc ce Salaud (1971). À leur sortie, ces trois longs-métrages font méchamment grincer des dents. La Loi du milieu, qui est le moins mal reçu des trois, connait un succès très limité et doit attendre de nombreuses années avant de devenir culte. Les deux autres tombent dans l’oubli ou presque. Face à cet accueil pour le moins glacial, le cinéma anglais laisse les Américains surfer sur cette forme de polar dite polar urbain avec de nombreux autres succès qu’on connaît. Une décision forcément regrettable quand on a l'occasion de tomber nez à nez avec cette très bonne proposition.


Il faut franchement farfouiller pour découvrir l’existence de ce Salaud et réussir à le visionner. Le résultat, s’il ne vaut pas tout à fait les deux autres titres précédemment cités, est pourtant un polar très solide. S’il revendique à de nombreuses reprises sa marque de fabrique so British, il convoque aussi les fantômes des premiers films noirs américains avec ses héros violents, à la sexualité déviante et leur personnalité émotionnellement écrasée par l’amour incommensurable qu’ils portent à leur mère. Richard Burton, dont la rudesse fait ici merveille, incarne ce protagoniste détestable au milieu de personnages presque autant détestables les uns que les autres. L’entrée en matière est, en ce sens, une réussite totale. Lui et ses hommes viennent rappeler à un petit truand sans envergure qu’il ne faut pas jouer les mouchards à son endroit. Sèche et violente, cette introduction incarne parfaitement ce qu’est ce nouveau cinéma des années 1970. Avec son costume mauve, sa chevelure à peine colorée et son rasoir, Richard Burton réussit à brosser la psyché de son personnage. Il sera, tout au long du film, accompagné d’acteurs solides et convaincants qui participent évidemment à la réussite de l’ensemble.


Le résultat est, avant tout, un portrait de ce truand détestable et un film d’ambiance propre à ces seventies naissantes. Immersion dans les rues de Londres, sur les docks, dans des usines désaffectées, dans les bars nocturnes sur fond de parties fines dans lesquelles sont impliquées des hommes politiques puissants : le tableau ne manque pas de saveur et on se délecte autant de l’atmosphère amorale que du récit prétexte à voir les différents personnages agir. L’ensemble est noir de noir même si la conclusion peut paraître décevante. En tout cas, on comprend bien mal pourquoi ce film de Michael Tuchner (dont c’est, il faut le reconnaitre, le seul réel fait d’arme) est aujourd’hui invisible tant il est un beau témoignage de ce que le cinéma anglais pouvait proposer à cette époque.


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PIAS

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