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Critique de Sans peur, sans pitié par Spectateur-Lambda
Des figures fondatrices de l'identité brésilienne, celle du bandit mélange entre Robin des bois et Che Guevara reste la plus exotique au sens singulière du terme.
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Le mot cangaceiro désigne des bandits qui ont infesté le Brésil au début du XXe siècle, un peu comme les pirates ont infesté les mers du globe pendant une longue période. Ces bandits terrestres agissaient et vivaient en bandes, se déplaçaient constamment et pillaient les villages par où ils passaient. Le film s’inspire de l’histoire de l’un d’eux. Ici, Galdino (Milton Ribeiro) est à la tête d’une bande organisée, peut-être une centaine d’individus (hommes et femmes) alors qu’ils ne sont plus que 24 à la fin. L’action se situe dans les années 30 dans une région qui n’est pas située de façon précise. Galdino et sa bande se déplacent à cheval, en file indienne lorsque rien ne les presse. Ils arrivent sans crier gare dans un village qu’ils pillent. Le rapport de force étant pour eux, ils peuvent tout se permettre. Car tel est le bon plaisir de leur chef, ils en repartent avec la belle institutrice, Olivia (Marisa Prado) en otage. Ils vont demander une rançon pour la libérer. Marisa Prado est l’atout charme du film. Mais l’actrice ne se contente pas de quelques plans mettant sa plastique en valeur. Elle monte à cheval, dans des conditions par moments difficiles (pour traverser un fleuve dont elle dit qu’il symbolise la frontière entre le rêve et la réalité) et reste constamment droite et fière. On comprend parfaitement l’effet qu’elle peut faire sur Teodoro (Alberto Ruschel), avec un très beau visage, des manières élégantes mises en valeurs par ses vêtements, ce qui ne l’empêche pas de faire preuve de caractère. Dans la forêt, elle assiste à une chasse au jaguar. On remarque au passage que le film s’arrange pour faire sentir qu’on tire sur le jaguar pour le tuer, mais qu’une rapide ellipse permet d’éviter de montrer la mise à mort. Pas de jaguar mort sur ce tournage a priori !
L’action ne se limite pas aux méfaits des cangaceiros, puisque les villageois s’organisent pour monter une milice et poursuivre les bandits. L’objectif est-il de récupérer Olivia ou plus prosaïquement de dissuader les cangaceiros de revenir semer la terreur ? On remarquera au passage que cela sous-entend que les autorités sont débordées et sont totalement démunies par rapport aux actions des cangaceiros.
Du côté des bandits, l’un d’eux, Teodoro, finit par ne plus supporter de voir Olivia humiliée. Une nuit, il la libère et part avec elle pour tenter de la rapatrier vers son village et qu’elle retrouve sa situation d’institutrice. Dès que les bandits comprennent que leur otage s’échappe, ils entament la poursuite pour tenter de la récupérer. C’est dans leur fuite que Teodoro et Olivia finissent par accepter l’amour qui les rapproche, tout en ayant en tête que celui-ci est quasi désespéré, car Galdino finira forcément par leur remettre la main dessus. Le bandit ne peut évidemment pas accepter qu’une otage lui échappe et qu’un des siens (un ami) le trahisse !
L’autre aspect de cet amour désespéré, c’est le profond attachement de Teodoro pour sa terre, celle du Sertao, attachement viscéral que sa naissance, son éducation et son vécu n’ont fait que renforcer. Il va jusqu’à avouer à Olivia que rien ne pourra jamais l’en détacher, pas même son amour pour elle, et Dieu sait qu’il est puissant !
Les cangaceiros se rapprochent. Teodoro demande à Olivia de partir seule puisqu’elle n’est plus loin de son village. Lui les retiendra, quitte à se sacrifier…
Le film montre le Brésil dans sa réalité : pauvreté générale, mais aussi dans sa géographie, le Sertao assez aride qui côtoie la forêt amazonienne, sa faune (jaguar, perroquets, etc.) et sa flore (pauvre dans la plaine et luxuriante dans la jungle). Teodoro n’est pas devenu cangaceiro par hasard. Recueilli par des prêtres (tous sont croyants ou du moins l’affirment, y compris Galdino leur chef, alors même qu’il vient de supplicier l’un des siens coupable à ses yeux d’avoir laissé échapper Olivia) qui l’ont élevé, il a fait des études mais a tué quelqu’un au cours d’une bagarre qui a mal tourné. Du coup il s’est réfugié dans la forêt et a fini par rejoindre les bandits. Il faut les observer, avec leur accoutrement (voir l’espèce de bicorne presque… napoléonien), leur façon de se déplacer en groupe, leurs rituels lorsqu’ils doivent prendre une décision, leurs façons de tuer le temps en chantant, etc. Ce film se présente comme un film d’aventures avec de multiples rebondissements (NB - format 4/3 - 1h45 environ). Belle découverte qui a obtenu plusieurs prix au festival de Cannes et fut un énorme succès au Brésil, signe qu’il évoquait des points importants aux yeux des brésiliens. Mais son succès fut international. A découvrir !
Si le titre original est O Cangaceiro ce film est connu en France sous le titre Sans peur, sans pitié alors que c’est son remake qui est répertorié sous le titre O’Cangaceiro : un western spaghetti réalisé par Giovanni Fago. Il est vrai que le film original se rapproche du genre western. Mais c’est également un film d’aventures, d’amour et bien évidemment un film historique, puisqu’il traite du sujet des cangaceiros, phénomène typique du Brésil du début du XXe siècle. Le personnage de Galdino (que ses hommes appellent capitaine) s’inspire d’un nommé Lampião dont un musée au Brésil est consacré à sa bande et à leurs méfaits.
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le 12 août 2025
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