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S’il est aisé, et inévitable, d’aborder Southern Comfort (un titre ô combien ironique basé sur une liqueur du coin) comme un enfant de la veine survival lancée par Deliverance, ça serait sans compter sur la concision et la marginalité du cinéma de Walter Hill, alors loin de s’intégrer dans la mouvance du Nouvel Hollywood. Un cinéaste qui par sa plume pose des univers qui ont forgé tout un pan de la culture (pas de beat’em all sans The Warriors), ou démocratisé un genre (le buddy-movie de flic à la sauce 80s avec 48 Hrs.). Un auteur qui taille dans le gras pour aller à l’efficacité, et qui à défaut d’être un virtuose derrière la caméra, sait tailler ses personnages par de simples actions et remarques qui laissent transpirer tout leur contexte sans avoir besoin de l’expliciter.


Et lorsque ce talent est mis au service d’un groupe de réservistes de la National Guard de Louisiane, hétéroclite de par ses provenances sociales, il rend crédible leur réactions face à une menace qu’ils ne comprennent pas. Car ces abrutis, ces fous, et ces cyniques, ces bidasses parfaites, se foutent tout seul dans la merde en tirant à blanc sur les cajuns locaux, alors qu’ils sont perdus au milieu du bayou, il n’est que logique qu’ils craquent et en viennent à s’entredéchirer. Ces hommes n’ont rien à faire là, en ce territoire hostile et inconnu, comme quelques G.I. qui se seraient égarés au Vietnam. Et si Hill s’était défendu à l’époque de toute tentative d’allégorie à ce conflit, il confie désormais volontiers qu’il savait très bien ce qu’il faisait, mais qu’il ne souhaitait pas que son oeuvre soit jugée par la critique à l’aune de cette unique lorgnette. Et on le comprend.


Car c’est bien son travail sur l’enlisement progressif de la troupe qui démarque Southern Comfort. Un enlisement total, tant psychologique que physique, et jusque dans le processus de fabrication du film, tourné dans les marais avec tout ce que cela implique de déboires (comme des caméras qui s’enfoncent dès lors que la prise dure trop longtemps). Ajoutez à cela les riffs de Ry Cooder qui participent à l’ambiance moite, l’image référençant les photographies de la guerre de Corée, la végétation aussi magnifique qu’étouffante, et la présence camouflée des attaquants autochtones, véritables indiens de western dans une logique de siège, et vous obtenez un sacré morceau de déliquescence des esprits d’une bande d’hommes sous tension. Et ce très rapidement, dès ce fondu de la conversation qu’ont ces futures victimes post-déclenchement des hostilités, sur les images de leur avancée, pénétrant dans cet ultime bourbier, et figurant l’état d’esprit de chacun.


Un sommet du genre qui se permet une incursion rare dans une culture en voie disparition, et dont la redécouverte procure toujours autant de plaisir. Sans doute la meilleure réalisation du bonhomme à mes yeux, malheureusement occultée à sa sortie mais heureusement en passe de réhabilitation.


Créée

le 18 mars 2025

Critique lue 14 fois

Frakkazak

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