Sept ans. Il aura fallu sept longues années au réalisateur Jordan Graham pour accoucher de « Sator ». Il faut dire qu’il s’est occupé de l’écriture, de la mise en scène, de la photographie, du montage, de la production, de la musique et peut être même de la cantine... « Sator » s’avance donc comme une œuvre d’une indépendance totale pour son auteur à la manière d'un Jeremy Gardner par exemple.
Pour le coup la mise en scène tient la route grâce notamment à une photographie qui lorgne du côté du « Hérédité » de Ari Aster avec une direction artistique qui fait penser un peu au "Projet Blair Witch". Graham parvient ainsi à construire des plans léchés, bien construits et souvent très beaux. Il filme la forêt qui entoure la cabane du héros comme un monstre en mouvement et scrute l’obscurité. Il parvient ainsi à construire une atmosphère inquiétante. À son crédit, une scène à faire dresser les poils se cache même au cœur du film.
Las, si le film a une atmosphère prompte à éveiller la curiosité, Graham oublie qu’il ne peut miser tout sur son atmosphère. Ainsi, certains plans accusent fortement le manque de moyen, notamment certaines incrustations numériques qui frôlent l’amateurisme (le héros habillé de blanc sur le fond noir du décor nocturne par exemple). Mais, là où le bât blesse encore plus c’est que l’ambiance éthérée et les personnages tous neurasthéniques plombent le film en en sabotant le rythme et le plonge dans une léthargie profonde. Une posture arty qui en agacera certain mais qui surtout dévitalise le film.
N’est pas Jeremy Gardner qui veut.