Sauver Ou Périr ou la devise de la brigade des sapeurs pompiers de Paris (BSPP) raconte le tragique destin de Franck, tout jeune pompier vivant à la caserne avec sa femme enceinte. Son métier est sa vie, sauver des gens a toujours été son rêve. Mais un jour, alors qu’il se sacrifie pour extirper ses camarades des flammes, il en ressort le visage fondu. Défiguré, Franck va devoir réapprendre à vivre et accepter d’être sauvé à son tour.


Réalisé par Frédéric Tellier (auteur en 2015 de l’ambitieux L’Affaire SK1), Sauver Ou Périr est un film sur la quête d’identité. Il s’agit ici d’un cinéma de transmission plus que de distraction pure. Frédéric Tellier s’attaque au sens de la souffrance et de la permanente reconstruction des êtres. Il insuffle à travers son histoire, la force de la vie et le questionnement du savoir comment vivre avec le mal au sens de la souffrance, de l’épreuve de vie. La question est alors existentielle ; chaque être peut à tout moment voir son existence basculer irrémédiablement suite à un tragique accident, lui reste alors à surmonter l’épreuve et le traumatisme pour ensuite se réinventer et continuer à vivre. Le réalisateur s’interroge également sur un sujet qui lui est cher ; la quête d’identité. Qui est-on vraiment lorsqu’on est dénudé de toute enveloppe sociale, éducative, professionnelle, de l’enveloppe des hasards de la vie et du conditionnement ? A cela s’ajoute à Sauver Ou Périr, une histoire d’amour. L’histoire d’un couple qui va s’aimer, se déchirer et se retrouver.


Le film de Frédéric Tellier est un hommage à tous ces hommes qui, chaque jour, sont au service des autres. Le personnage incarné par Pierre Niney avait tout. Et du jour au lendemain il se retrouve grand brûlé, tout s’effondre autour de lui. Il est miraculé mais les reconstructions physiques et psychologiques vont être longues. Pierre Niney, de gabarit plutôt frêle et fragile, a eu une préparation physique importante pour endosser le rôle d’un sapeur pompier. La méthode a été simple et radicale ; être en immersion totale au sein de la brigade ; montée de cordes, port de matériel, accompagnement des professionnels au cours des interventions et entraînement quotidien, le tout supervisé par un coach sportif et une nutritionniste. Résultat : 9 kilos de muscles. Encore une fois, le pensionnaire de la comédie française est transcendant et son interprétation est bouleversante. Pierre Niney vit son personnage à fond que ce soit avant ou après son accident. Il y a cette dualité visible dans son regard où s’entrechoque sa grande jeunesse et sa réelle maturité.


Dès le départ les curseurs sont placés au maximum, le spectateur plonge au cœur d’une caserne ou l’on découvre un personnage d’emblée dans l’excellence, l’exigence, l’altruisme et la solidarité. Puis survient la descente aux enfers où l’on passe dans la douleur physique et morale. Cette double polarité prépare de façon très intéressante la résolution de l’histoire. Le spectateur ne peut que se retrouver englobé dans ce récit aux épreuves universelles en se sentant tout simplement complice de ce couple et de son histoire. En ce sens, la construction du long-métrage est soignée, fluide et immersive. L’obsession du réalisme de Frédéric Tellier est présente tout au long du film, ça sent la vrai de bout en bout ; les interventions, les épreuves physiques et les émotions de chacun de ses personnages sont palpables.


L’impeccable réalisation ne pouvait qu’être accompagnée d’une bande originale intimiste. Un piano arrangé, une musique simple et dépouillée, presque naturaliste en quelque sorte. Une volonté du compositeur Christophe La Pinta qui signe ici sa deuxième collaboration avec le réalisateur. La musique est en harmonie avec les images, les sonorités très viscérales renforcent la dramaturgie du film.


Sauver Ou Périr est un film sur la combativité et la quête de soi au sein de l’univers des pompiers de Paris. La psychologie de la reconstruction y tient une part importante dans ce drame profond où le couple Pierre Niney/Anaïs Demoustier excelle à tous les niveaux.

Cinématogrill
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le 27 nov. 2018

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