Lorsqu'un jeune homme revient dans son petit village de l'Allemagne de la toute fin des années '60, les rumeurs sur sa longue absence vont bon train : aurait-il effectué un séjour en prison à cause de son homosexualité ?
Tourné en noir et blanc, dans un style réaliste et sans fard, la mise en scène en crescendo parvient à rendre progressivement déliquescente une atmosphère pourtant champêtre et ensoleillée.
La galerie de personnages en présence y sont décrits comme mesquins, farcis de préjugés (on a droit au combo homophobie-sexisme-racisme le plus crasse) et accessoirement alcooliques.
On peut reprocher au film un certain excès dans la caricature tant la trame se veut à charge sur la ruralité et les classes sociales laborieuses, montrées comme libidineuses et "simplettes" (ça, c'est pour la "lecture marxiste").
Ici, pas de distanciation ni par le grotesque et l'humour (comme dans "Affreux, sales et méchants" d'Ettore Scola), ni par le prisme du film d'exploitation (comme tant de films de genre qui décrivent des rednecks dégénérés relevants du comic d'épouvante). Le style est frontal, chirurgical, comme un entomologiste qui observe le comportement d'insectes dans un vivarium (on compare souvent le style et la démarche de Michael Haneke à ceux de Fleischmann).
D'aucuns y voient la métaphore d'une Allemagne qui peine à digérer le nazisme pas si lointain ou la dénonciation d'un fascisme lové dans le quotidien le plus banal.
C'est surtout une austère et glaçante dénonciation du "qu'en-dira-t-on" et des diktats du conformisme dans ce qu'ils ont de plus trivial et inquiétant.
A voir pour : Angela Winkler (grande actrice du cinéma allemand des années '70 dans l'un de ses premiers rôles) qui campe un personnage borderline très marquant ; une saisissante séquence d'abattage et de découpe du cochon ; le décalage malaisant entre la musique traditionnelle bavaroise et les images qu'elle accompagne ; la séquence de chasse annoncée par le titre n'occupe au final que les 10 dernières minutes du film.