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300 critiques
Ce réal qui leurre...
Sur le papier, Schizophrenia avait tout pour sentir la bobine casse gueule : son sujet, une voix off, son affiche, la traduction de son titre en français ; et surtout une réputation de film...
le 3 mai 2013
Les films d'horreur ont un affreux taux de conversion quand on regarde bien. L'offre est pléthorique et les bonnes surprises sont aussi rares qu'un propos cohérent dans une émission d'Hanouna.
Il suffit de passer quelques minutes sur les plateformes de Streaming et de trifouiller le menu "genre" du moteur de recherche pour en prendre conscience : des centaines de films gores sont proposés, des centaines d'œuvres avec des notes abyssales sur les sites de référencements, des copier coller sans fin des standards du genre. Des sous Paranormal activity, des sous Insidious (déjà pas des cimes), des sous Massacre à la tronçonneuse etc...
Une faillite collective, et universelle car aucun pays n'échappe à la déroute. Le contingent américain est surreprésenté, la faute à un héritage qu'il est tentant d'exploiter jusqu'à plus soif - le slasher à gogo, les éternelles suites à Halloween, Vendredi 13 etc... et même aux vrais faits divers.
Et les Germaniques alors ? Ils s'y essayent comme tout le monde, et entre Funny Game d'Haneke et ce Schizophrénia, ils semblent bien s'en sortir. Cela ne fait que deux films qui commencent à dater, certes, mais le parti pris du naturalisme froid est payant. Mais d'ailleurs est-ce que Schizophrénia est bien un film d'horreur au sens traditionnel du terme ?
A 50% il ressemble plus à une reconstitution poussée d'un vrai crime qu'à un frisson cheap dont les producteurs peu sérieux ont le secret. Il est dit au début du film que l'histoire est inspirée d'un fait divers authentique perpétré par un certain Werner Kniesek. On a pas de mal à y croire.
Les 50% restants sont à l'opposé du style documentaire. La réalisation est par moment assez audacieuse, immersive et schizophrénique pour le coup car deux aspects bien différents s'affrontent : une reconstitution sobre et minutieuse couplée à une plongée hallucinée dans la tête de l'assassin.
Ainsi le cadrage autocentré sur le personnage, les gros plans plongeants quand il regarde des filles dans un bar, quand il croque à pleines dents dans sa saucisse. Ce regard halluciné sur lequel la voix off égraine les souvenirs d'une enfance douloureuse. Un procédé risqué mais aucun pathos n'en découle. Ça suinte la maladie mentale, et on est presque aussi mal à l'aise à le scruter quand il croque avec avidité dans sa Wurst que quand il bastonne une famille qui n'a rien demandé (enfin presque).
La réalisation est donc vomitive par moment, on est au plus près de cette sueur glacée, des pulsions qui assaillent ce monstre maigrelet aux yeux exorbités. J'ignore si le réalisateur, Gerard Kargl a voulu faire peur ou nous faire réfléchir sur le statut juridique des fous dangereux, mais moi, ça m'a clairement plus angoissé que bien des slashers US au jump scare facile.
Les cadavres ont vraiment l'air de cadavres. Ils sont blancs, translucides, et paraissent plus réalistes que dans tous les films américains qui disposent de milliers de dollars en maquillage et dont les macchabées semblent tout juste rentrés d'un trip en décapotable sur la côte amalfitaine..
Quand on voit des séries et des films depuis des années, on a assisté, d'une certaine façon, à des centaines de meurtres. La plupart me laissent (heureusement) peu de souvenirs. Mais la scène de meurtre de la jeune dans le sous terrain est une truc vraiment difficile à oublier. Le genre de truc qui te hante pendant des années. Plus écœurant que n'importe quel film de vampire gore où la violence est encore trop lointaine, noyée sous des effets spéciaux et des musiques pompeuses. La prestation d'Erwin Leder est à ce titre remarquable.
Schizophrénia est un film marquant mais pas sans défauts non plus. Il est même bancal dans le dernier tiers (les longs aller et retour dans la baraque) et le prologue a été rajouté après coup car les producteurs trouvaient le film trop court. Mais ça reste bien au dessus d'un paquet de films plan plan signés De Palma et Dario Argento où l'on s'emmerde sévère et dont on ne se souvient plus 3 mois après le visionnage.
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le 4 nov. 2021
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