« Je ne pensais qu’à trouver de nouvelles victimes. Ça m’excitait terriblement »

Cette femme me rappelait ma première petite amie, Anne-Marie. Une vraie salope

À peine affranchi des geôles austères où il expiait une interminable condamnation pour un homicide, un esprit dévoyé, en proie à ses pulsions les plus sombres, se met en quête, avec une détermination glaciale, de la prochaine victime vouée à succomber sous ses desseins funestes.


Prolégomènes d’une descente vertigineuse

Dans l’œuvre cinématographique Schizophrenia, le spectateur, tel un voyageur imprudent happé par un gouffre insondable, se voit convié à une immersion d’une intensité peu commune au sein des méandres les plus obscurs de l’âme humaine. Point ici de frivole divertissement : l’expérience s’apparente davantage à une épreuve initiatique, où l’esprit chancelle sous le poids d’une vision d’un pessimisme abyssal, dénuée de toute consolation.


Une immersion mentale suffocante

Ce qui frappe d’emblée, c’est cette impression intrusive d’habiter, sans médiation ni rempart, la conscience fragmentée de cet individu perverti. L’économie drastique de paroles, remplacées par un flux intérieur prolixe et délirant, instille une proximité troublante, comme si le public devenait le dépositaire involontaire d’un esprit disloqué. Cette stratégie narrative, d’une audace rare, engendre un malaise persistant, d’autant plus efficace qu’il s’insinue avec une lenteur venimeuse.


Une violence dénuée d’artifice

Loin des chorégraphies convenues et des exagérations spectaculaires, la brutalité ici représentée se distingue par son caractère gauche et maladivement prosaïque. Chaque geste, chaque échauffourée semble empreint d’une maladresse effroyable, accentuant une impression de véracité quasi documentaire. Cette crudité, inoculée de plein fouet tant sur le plan physique que psychique, peut s’avérer difficilement soutenable pour nombre d’âmes sensibles, tant elle refuse toute distance protectrice.


Une incarnation d’une intensité foudroyante

L’interprétation d’Erwin Leder mérite d’être saluée avec une emphase non feinte. Son jeu, d’une animalité fébrile, semble procéder d’une possession étrange : tremblements incontrôlés, regard exsangue, gestuelle heurtée — tout concourt à engendrer un trouble immédiat et persistant. Sans recours à de longs discours, son corps devient langage, et ce langage, d’une éloquence presque pathologique, imprime durablement la mémoire.


Une cohérence imparfaite, mais négligeable

Il serait néanmoins dissimulatoire de taire certaines invraisemblances, notamment dans les réactions parfois étrangement apathiques des victimes, dont la résistance apparaît en deçà de ce que l’on pourrait attendre. Ces légères dissonances, bien que perceptibles, n’entament guère la puissance d’ensemble, tant l’œuvre impose par ailleurs une cohérence émotionnelle et sensorielle implacable.


Conclusion : une œuvre d’un noir intransigeant

Bref, cela se dresse comme un métrage d’une noirceur sans concession, refusant obstinément toute échappatoire morale ou narrative. Œuvre exigeante, éprouvante, elle ne saurait séduire les amateurs de légèreté, mais fascinera ceux qui acceptent de se confronter à une vision extrême, voire insoutenable, de la psyché humaine.

Un film qui ne se contemple pas : il s’endure, et peut-être même, il hante.

Trilaw
8
Écrit par

Créée

le 12 avr. 2026

Critique lue 17 fois

Trilaw

Écrit par

Critique lue 17 fois

2

D'autres avis sur Schizophrenia

Schizophrenia

Schizophrenia

8

real_folk_blues

le 3 mai 2013

Suivre

Ce réal qui leurre...

Sur le papier, Schizophrenia avait tout pour sentir la bobine casse gueule : son sujet, une voix off, son affiche, la traduction de son titre en français ; et surtout une réputation de film...

Schizophrenia

Schizophrenia

8

Sergent_Pepper

le 6 nov. 2017

Suivre

Eighties minutes inside

On a beau tenter de dépasser les clichés lorsqu’on se retrouve face à des œuvres d’art, on ne peut s’empêcher, face à Angst, de conclure qu’il n’y a vraiment que les autrichiens pour nous proposer de...

Schizophrenia

Schizophrenia

7

drélium

le 19 janv. 2013

Suivre

Kargl lasse le sang

Grosse réputation d’ovni pour ce film autrichien qui s’inspire du vrai parcours d’un tueur en série dénommé Werner Kniesek. C’est super glauque et y a pas d’histoire aussi. Le résumé tient sur...

Du même critique

Simone - Le voyage du siècle

Simone - Le voyage du siècle

9

Trilaw

le 24 nov. 2022

Suivre

« Bientôt s’éteindra cette génération qui ne devait pas survivre »

Le film est farouchement et profondément féministe mais quoi de plus normal pour un métrage dédié à une femme extraordinaire qui a permis que l’un des droits les plus élémentaires pour elles, même si...

Avatar - La Voie de l'eau

Avatar - La Voie de l'eau

5

Trilaw

le 16 déc. 2022

Suivre

« On ne congèle pas les bébés »

Treize ans de longues années d’attente patiente pour un résultat aussi famélique. Commençons par la fameuse 3D, je me souviens d’un temps où les lunettes 3D étaient devenues un outil indispensable...

La Fin d'Oak Street

La Fin d'Oak Street

7

Trilaw

le 13 août 2026

Suivre

Un plaisir régressif honteusement assumé, entre saccage jubilatoire et maestria formelle

Il a quand même le droit de jouer avec son chien Un mystérieux et fulgurant embrasement céleste arrache soudainement, brutalement, le paisible quartier d’Oak Street à sa quiétude banlieusarde pour le...