Scooby-Doo et ses intrépides compagnons s’embarquèrent, sous d’imprudents auspices, pour une traversée des eaux maudites du Triangle des Bermudes — ce gouffre maritime que la légende a depuis longtemps consacré réceptacle des mystères les plus insondables — où les attendaient, tapis dans les brumes de l’inexplicable, une sinistre cohorte de spectres, de visiteurs venus des confins sidéraux et de forbans trépassés.
Du cadre et de sa somptueuse opportunité
L’on accordera sans résistance immodérée que le choix de planter le décor de cette nouvelle aventure au sein des eaux ténébreuses et mythologiquement foisonnantes du Triangle des Bermudes — ce creuset marin où la raison cartésienne capitule depuis des lustres devant l’inexplicable — procède d’une inspiration dramaturgique des plus heureuses. Ce théâtre aquatique, chargé d’une réputation sulfureuse que des générations de marins superstitieux ont laborieusement édifiée, offre à nos investigateurs en herbe un écrin d’une richesse thématique singulièrement propice : la piraterie la plus flamboyante y côtoie le mystère le plus nébuleux dans une promiscuité narrative aussi fertile qu’harmonieuse.
De la fidélité à l’esprit originel
Ce long-métrage d’animation — et c’est là son mérite le plus insigne — ne trahit point le pacte tacite qui lie depuis des décennies la franchise à son public. L’alchimie si particulière de la série-mère, ce mélange savamment dosé d’enquête brumeuse, de bouffonnerie assumée et de péripéties trépidantes, se trouve ici restituée avec une fidélité qui force le respect, voire une certaine tendresse. Le grand Scooby et ses acolytes demeurent, en toutes circonstances, irréductiblement eux-mêmes — ce qui constitue, dans l’univers souvent ingrat des œuvres dérivées, une victoire point négligeable.
Des géniteurs de Fred et de leurs délicieuses révélations
Parmi les agréments que recèle cette production, mentionnons avec une satisfaction non dissimulée l’introduction des ascendants de Fred — ces parents dont l’apparition tardive dans la mythologie de la saga éclaire d’un jour aussi cocasse qu’inattendu le perfectionnisme maniaque et l’étrange rigidité comportementale du jeune homme. Les scènes où transparaît l’hérédité familiale donnent lieu à des moments d’une drôlerie piquante, révélant avec une économie de moyens fort adroite que le fils n’est jamais tout à fait orphelin de ses géniteurs, fussent-ils apparus si tardivement dans le récit.
D’une réserve touchant à la vraisemblance du dénouement
Que l’on me permette néanmoins d’émettre une réserve, formulée avec toute la mansuétude que commande le genre. L’explication mécanique finalement proposée pour rendre compte de la nature des forbans éthérés — ce pourquoi et ce comment que toute enquête digne de ce nom se doit d’élucider — pèche par une extravagance quelque peu excessive, une logorrhée imaginative qui dépasse les bornes habituelles même de cet univers pourtant peu regardant sur les questions de vraisemblance. L’on m’objectera, non sans pertinence, que le dessin animé est par essence une contrée où l’impossible jouit d’un statut de résident permanent et où la cohérence n’est point une obligation constitutionnelle. Cette objection est recevable. Elle atténue le grief sans l’annuler tout à fait.
Le métrage n’aspire point aux sommets de l’art. Il divertit avec une générosité bon enfant qui, en ces temps de gravité ostentatoire, n’est pas la moindre des vertus.