Que serait Halloween sans Jamie Lee ?

Un quart de siècle après les tragédies ayant meurtri Woodsboro, un assassin reprend le masque de Ghostface et s’acharne sur une jeunesse insouciante, résolu à exhumer les noirs arcanes du passé.


Jeux de miroirs et malice réflexive

Scream déploie, avec une adresse voltairienne, un réseau d’allusions d’une finesse exquise aux œuvres de mécanisme analogue. Mais l’agrément ne s’arrête point à ces clins d’œil : les autocitations, tout comme les remarques acérées sur l’état présent de l’art cinématographique, s’y révèlent d’une inventivité éblouissante. Car tel est l’apanage véritable de la franchise : instituer un dialogue incessant entre le film et lui-même, entre la fiction et son propre commentaire, en une mise en abyme délicieusement vertigineuse.


Paroxysme et ironie narrative

Le sommet de cette mécanique est atteint lorsqu’une adolescente, absorbée par la contemplation de Stab, intime à l’écran un « derrière toi » avant d’oser se retourner elle-même — instant d’une ironie savamment ménagée, où le spectateur se trouve pris dans un jeu de reflets d’une redoutable efficacité. Ainsi, le film emprunte les codes pour mieux les retourner, les épouser afin de les subvertir avec une malice espiègle.


L’art du soupçon exalté

Le dispositif du "qui est-ce ?" atteint ici une intensité remarquable : les jeunes gens, loin de se plier à une enquête linéaire, s’abandonnent à une sarabande d’accusations réciproques, oscillant entre autodésignation narquoise et soupçons fantasques. Cette ronde d’imputations, parfois d’une cocasserie inattendue, donne au récit une vivacité constante, où l’incertitude devient un moteur amusant de l’intrigue.


Transmission et révérence implicite

Les figures originelles, incarnées notamment par Sidney Prescott, Gale Weathers et Dewey Riley, s’effacent avec une élégance mesurée pour laisser éclore une génération nouvelle. Ce passage de témoin, oscillant entre hommage appuyé et adieu voilé, s’opère avec une délicatesse remarquable, comme un relais transmis sans heurt.


Réflexion sur les renaissances filmiques

Le film se distingue également par sa réflexion sagace sur ces œuvres hybrides que d’aucuns nomment « requels », à l’instar de Star Wars - Le Réveil de la Force ou de Halloween. En se moquant avec une verve réjouissante de ses propres mécanismes autant que des attentes parfois tyranniques des instances de production, il parvient à instaurer une distance critique d’une rare intelligence.


Violence accrue et dessein contemporain

Plus incisif, plus carabiné aussi dans sa représentation de la violence, ce cinquième opus retrouve pourtant cette atmosphère de slasher ingénieux qui fit la renommée de la saga. Le mobile du meurtrier, dirigé contre une frange extrême d’admirateurs refusant toute altération de leurs œuvres fétiches, apparaît d’une pertinence saisissante, ancrée dans les travers contemporains.


Conclusion admirative

Il émane de cette entreprise un respect manifeste pour l’héritage de Wes Craven, dont l’ombre bienveillante semble planer sans jamais entraver l’inspiration des nouveaux artisans. Bref, le métrage s’impose comme une réussite éclatante, à la fois ludique et pénétrante, où les règles — pourtant énoncées avec une maladresse feinte — se voient délicieusement transgressées. Une œuvre qui, en jouant avec ses propres codes, parvient à les réinventer avec un savoir-faire remarquable.


Trilaw
8
Écrit par

Créée

le 6 mars 2023

Modifiée

le 23 mars 2026

Critique lue 608 fois

Trilaw

Écrit par

Critique lue 608 fois

10

D'autres avis sur Scream

Scream

Scream

3

Shawn777

2727 critiques

"It's insulting" disait autrefois Sidney...

Ce cinquième opus de la franchise "Scream", le premier réalisé par quelqu'un d'autre que Wes Craven et ici en l’occurrence Tyler Gillett et Matt Bettinelli-Oplin, est très mauvais, tout simplement ...

le 13 janv. 2022

Scream

Scream

5

AMCHI

6385 critiques

5 sera sa note à défaut d'être dans le titre

Ce 5ème Scream qui n'en porte pas le numéro n'est pas un mauvais film mais il m'a paru faible et ne ne m'a pas enthousiasmé comme les précédents. Si le tout premier demeure le meilleur, Craven a su...

le 19 janv. 2022

Scream

Scream

6

micktaylor78

55 critiques

For Wes !

On commence à connaître la chanson, mais de la même manière que l’Histoire en règle générale, celle du cinéma n’est qu’un éternel recommencement. Comme si toutes les histoires avaient été éclusées,...

le 13 janv. 2022

Du même critique

Simone - Le voyage du siècle

Simone - Le voyage du siècle

9

Trilaw

1900 critiques

« Bientôt s’éteindra cette génération qui ne devait pas survivre »

Le film est farouchement et profondément féministe mais quoi de plus normal pour un métrage dédié à une femme extraordinaire qui a permis que l’un des droits les plus élémentaires pour elles, même si...

le 24 nov. 2022

Avatar - La Voie de l'eau

Avatar - La Voie de l'eau

5

Trilaw

1900 critiques

« On ne congèle pas les bébés »

Treize ans de longues années d’attente patiente pour un résultat aussi famélique. Commençons par la fameuse 3D, je me souviens d’un temps où les lunettes 3D étaient devenues un outil indispensable...

le 16 déc. 2022

Daaaaaalí !

Daaaaaalí !

5

Trilaw

1900 critiques

« Il pleut des chiens morts »

Une journaliste doit réaliser une entrevue avec Salvador Dali.Qui était assez surréaliste à l’instar de l’art du peintre pour réaliser un métrage sur le maître, si ce n’est Quentin Dupieux qu’on...

le 7 févr. 2024