Premier film au parti-pris esthétique radical, il déconstruit les conventions narratives pour créer une contre-réalité inquiétante où l’insolite et l’imprévisible règnent en maîtres.
Film au parti-pris esthétique et formel fort, September & July d’Ariane Labed s’avance avec une logique barrée et une désinhibition culottée pour créer de l’étrange au pays du nouveau féminin. Pari audacieux pas complètement réussi.
La manière dont Ariane Labed s’empare du genre horrifico-fantastique est à la fois sidérante et symptomatique. Sidérante parce qu’elle creuse une zone timbrée et distordue où peu de cinéastes doués (Lucile Hadzihalilovic) s’aventurent. Symptomatique parce que le seul cinéma qui lui ressemble vraiment trait pour trait et avec lequel parler de filiation reste faible est celui de son compagnon Yorgos Lanthimos.
Donc, si nous oublions le choc que constitua Canine en 2009 (de Yorgos Lanthimos) avec sa reconstruction dérangeante d’une réalité familiale recluse, September & July travaille la même matière du lien, une mère et ses jumelles, pour l’isoler d’une certaine réalité ordinaire, en défier les conventions narratives et la déformer cruellement.
September & July propose une sorte de contre-réalité (belle idée que la mère reconstitue avec ses filles une sorte de tipi de protection avec des couvertures), conte cruel, scrutant l’emprise sadique d’une sœur sur l’autre, où domine à chaque plan l’incongru, l’insolite et la montée en puissance d’un imprévisible inquiétant.
Ce qui intéresse Labed manifestement est d’investir le langage cinématographique pour y fabriquer une langue non domestiquée, inédite, étrange et étrangère, avec ses codes inusuels et déconcertants, propice au suspense psychologique, au fantastique et à l’horreur.
Ici, la réalisatrice met en œuvre avec un brio de mise en scène et une jouissance jusqu’au-boutiste cette langue démente, presque autiste, propre aux deux sœurs, jouant de l’emprise dominatrice de l’aînée (September) sur l’autre jusqu’au danger, jusqu’à la cruauté et au climax.
Cette mise en danger permanente de ses personnages intéresse singulièrement Labed et aiguise la tension du film, excellant dans sa veine horreur, plus agaçant dans cette volonté systématique de déranger le spectateur par une perturbation des effets de la réalité.
Il demeure un film dense, imprenable et irréductible dans sa liberté de chercher des zones de déviance ou de visions inaccoutumées pour mieux les incarner avec un son organique, un filmage animal. Un film bourré d’idées de mises en scène. Énigmatique et passionnant.
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