Serafino
7.1
Serafino

Film de Pietro Germi (1968)

Quantième Art


Amusant que Germi dût appeler son personnage ainsi, car le berger qui le porte n’a rien de l’innocence d’un séraphin. Et s’il faut un point commun aux œuvres du réalisateur, de la Sicile aux Alpes en passant par Rome, c’est justement la joie qu’il éprouve à mettre l’innocence en pièces.


Ses bergers n’ont rien qui sorte fondamentalement du lot de la comédie ; Serafino complète en fait sa progression vers un classicisme de plus en plus absolu. Chaque décor se transforme en une espèce de pôle où les traits de caractère sont présentés sous un angle sans variations, comme si le fait de vivre n’amenait aucune expérience, ce qui fait plus que jamais de l’objet filmique une bulle où le temps s’arrête.


Bref, on pourrait croire que Germi pousse la naïveté là où elle n’a plus aucun sens, ce qui est en partie vrai, sauf que la vulgarité est légion & que l’idiot du village incarné par Celentano est tout sauf la marionnette habituelle du classique : impliqué dans la vie sociale au même titre que n’importe quel villageois, il est auréolé d’un charisme qui devrait fondre comme neige au soleil toscan quand il est arraché à ses montagnes. Pourtant il la conserve partout, fait rire avec & hésiter quant à voir en lui un fâcheux ou un clown.


On a donc droit à l’habituelle ambiguïsation à la Germi mais c’est là aussi que s’exprime un surplus de candeur, comme une fatigue : il a oublié de faire peser une vraie menace sur ses protagonistes, une force qui donnerait du liant aux mesquines rivalités. En somme, on peut difficilement sortir Serafino d’un moule bien reconnaissable, & les intrigues familiales n’ont plus la saveur qu’un Germi plus acerbe arrivait à y donner.

EowynCwper
5
Écrit par

Créée

le 8 juin 2020

Critique lue 255 fois

Eowyn Cwper

Écrit par

Critique lue 255 fois

1

D'autres avis sur Serafino

Serafino

Serafino

6

Marlon_B

917 critiques

Nature et matérialisme

Énorme succès à l’époque à sa sortie en Italie, notamment grâce à l'attrait d'Adriano Celentano, chanteur très connu dans son pays, Serafino a aussi amusé le public par sa légèreté et sa simplicité,...

le 12 nov. 2024

Serafino

Serafino

6

Cinephile-doux

8155 critiques

Le berger paillard

Serafino, berger et coureur de jupons, hérite de sa tante. Sa famille lorgne la fortune. L'antépénultième film du grand Pietro Germi, appelé aussi L'amour aux champs, est une comédie rurale débridée...

le 19 août 2020

Du même critique

La Forêt sombre

La Forêt sombre

3

EowynCwper

1364 critiques

Critique de La Forêt sombre par Eowyn Cwper

(Pour un maximum d'éléments de contexte, voyez ma critique du premier tome.) Liu Cixin signe une ouverture qui a du mal à renouer avec son style, ce qui est le premier signe avant-coureur d'une...

le 16 juil. 2018

Ne coupez pas !

Ne coupez pas !

10

EowynCwper

1364 critiques

Du pur génie, un cours de cinéma drôle et magnifique

Quand on m’a contacté pour me proposer de voir le film en avant-première, je suis parti avec de gros préjugés : je ne suis pas un grand fan du cinéma japonais, et encore moins de films d’horreur. En...

le 26 oct. 2018

Cargo 200

Cargo 200

7

EowynCwper

1364 critiques

Se mettre la Russie ado

Le Cargo 200, c'est le cercueil rapatrié d'un militaire soviétique tombé en Afghanistan. Balabanov montre le conflit comme un drame ignoré de tous, mais ce n'est finalement ni plus ni moins que la...

le 17 oct. 2020