→ Quantième Art
Amusant que Germi dût appeler son personnage ainsi, car le berger qui le porte n’a rien de l’innocence d’un séraphin. Et s’il faut un point commun aux œuvres du réalisateur, de la Sicile aux Alpes en passant par Rome, c’est justement la joie qu’il éprouve à mettre l’innocence en pièces.
Ses bergers n’ont rien qui sorte fondamentalement du lot de la comédie ; Serafino complète en fait sa progression vers un classicisme de plus en plus absolu. Chaque décor se transforme en une espèce de pôle où les traits de caractère sont présentés sous un angle sans variations, comme si le fait de vivre n’amenait aucune expérience, ce qui fait plus que jamais de l’objet filmique une bulle où le temps s’arrête.
Bref, on pourrait croire que Germi pousse la naïveté là où elle n’a plus aucun sens, ce qui est en partie vrai, sauf que la vulgarité est légion & que l’idiot du village incarné par Celentano est tout sauf la marionnette habituelle du classique : impliqué dans la vie sociale au même titre que n’importe quel villageois, il est auréolé d’un charisme qui devrait fondre comme neige au soleil toscan quand il est arraché à ses montagnes. Pourtant il la conserve partout, fait rire avec & hésiter quant à voir en lui un fâcheux ou un clown.
On a donc droit à l’habituelle ambiguïsation à la Germi mais c’est là aussi que s’exprime un surplus de candeur, comme une fatigue : il a oublié de faire peser une vraie menace sur ses protagonistes, une force qui donnerait du liant aux mesquines rivalités. En somme, on peut difficilement sortir Serafino d’un moule bien reconnaissable, & les intrigues familiales n’ont plus la saveur qu’un Germi plus acerbe arrivait à y donner.