Quand notre héros - complètement foncedé pendant tout le film - parle avec sa mère morte, par l'intermédiaire d'une fleur-vagin qui pète, je me demande ce que je suis en train de regarder. Tout s'éclaire une scène plus tard, lorsqu'on le retrouve dans un jacuzzi en train de besogner une blondinette et de doigter un poulet sans tête dont le cou est devenu un portail dimensionnel.
Ce film expérimental raté relatant une expérience ratée est une mise en abyme totalement perchée qui ne vous laissera pas indemne. On y suit les aventures hallucinées de trois frères dans leur quête pseudo-scientifique pour ressusciter leur mère décédée de longue date, à l'aide d'une machine à voyager dans le temps reconvertie en portail vers des dimensions parallèles.
Nos trois protagonistes s'auto-proclament scientifiques, mais tout ce qu'on les verra faire, c'est s'envoyer toutes les drogues du monde : herbe, poudre, pilules de toutes les couleurs dont ils ne connaissent pas eux-mêmes les effets.
Ils s'enfilent une véritable pharmacie avec un abandon qui force le respect, mais nuit singulièrement à la cohérence de l'oeuvre, car toute sa narration passe par le prisme de 3 mecs fonscar, dont la plupart des dialogues vont de "Mec, t'es complètement raide", à "On comprend rien quand tu parles".
J'aurais d'ailleurs juré que le film avait réalisé par une bande d'étudiants défoncés et chauds du fion, en fin d'école de cinéma, et j'ai été stupéfait de trouver à la barre un barbu de 45 ans qui porte des chemises et des vestes, car tout dans le film crie l'envie de teufer et de baiser. C'est tout à ton honneur, Yannis, tu restes jeune dans ta tête.
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Cette sensation d'immaturité ne s'applique ni à la mise en scène ni aux effets spéciaux, à la fois bizarres, dérangeants et très convaincants. Vous avez sûrement vu la tête fendue sur l'affiche, mais je vous assure qu'en mouvement, c'est une sacrée expérience, et ce n'est pas que la partie émergée d'un iceberg peuplé de substances visqueuses et de puppets de Sarkozy en latex.
Le film m'a semblé inconfortablement long, mais c'est moins lié à des défauts de rythme qu'à sa propension à ne jamais vous mettre à l'aise. Chaque fois que vous pensez comprendre ce qui se passe, il vous balance un rebondissement absurde ou part dans des directions bizarres, le temps d'un trip halluciné. J'ai le plus grand mal à ne pas trop en révéler, car c'est pour ces surprises et ces scènes surréalistes qu'il mérite - peut-être un peu - d'être vu.
J'y suis allé avec tous mes chakras grand ouverts, fort de mon expérience de festival sur des trucs aussi déconcertants que "Alien Crystal Palace" ou "After Blue : Paradis sale", mais ce n'était pas suffisant pour encaisser She Loved Blossoms More, un film qui de l'aveu de son réalisateur doit être dégusté sous l'emprise de psychotropes.