Une coterie d’amis aborde une jeune demoiselle qui les convie à un séjour champêtre ; toutefois, les manières de leurs amphitryons se révèlent d’une inquiétante étrangeté.
Une farce infernale d’une réjouissante incongruité
Le film Sheitan s’impose, dès ses premières images, comme une curiosité cinématographique d’une hardiesse peu commune, où l’épouvante se trouve mêlée, avec une audace délicieusement déconcertante, à un comique d’une nature profondément dissonante. Jamais encore ne m’étais-je autant boyauté — pour reprendre un terme aussi pittoresque que juste — face à une œuvre de cette espèce : le rire, presque inconvenant, surgit là où l’effroi semblait devoir régner sans partage, instaurant un déséquilibre savamment orchestré.
Une incarnation hallucinée et mémorable
Au centre de cette sarabande inquiétante trône l’interprétation de Vincent Cassel, dont la composition, d’une intensité délirante, atteint les cimes de la performance d’anthologie. Il prête ses traits à un rustre inquiétant, aux allures de paysan fruste et possiblement issu d’une lignée trop étroitement refermée sur elle-même, et parvient, par un jeu à la fois outrancier et minutieusement contrôlé, à insuffler à son personnage une présence aussi dérangeante que fascinante.
Une esthétique du malaise savamment entretenue
L’œuvre ne cherche nullement à provoquer la frayeur par de vulgaires sursauts ; elle préfère instiller, avec une constance vicieuse, un sentiment de gêne diffuse et persistante. Tout concourt à cette entreprise : une atmosphère moite, saturée de matières organiques, des bruits de mastication d’un réalisme inconvenant, et des visages altérés jusqu’à l’inquiétante étrangeté. Cette alchimie hétéroclite engendre un trouble profond, d’autant plus efficace qu’il s’insinue insidieusement dans l’esprit du spectateur.
Une séquence d’anthologie et une unique réserve
Parmi les moments les plus marquants, la scène dite de la « grotte chaude » se manifeste avec une force troublante, véritable paroxysme d’un imaginaire dérangeant qui flirte avec l’inconfort le plus vif. Néanmoins, si l’ensemble brille par son audace, le dénouement aurait sans doute gagné à se montrer plus explicite, voire plus incisif, afin de parachever avec une vigueur accrue cette entreprise déjà fort singulière.
Bref, ce film se présente comme une fresque étonnamment reluisante de figures campagnardes outrées et caricaturales, dont la trivialité assumée devient, paradoxalement, source d’un plaisir rare, tant il se nourrit d’un excès maîtrisé et d’une inventivité peu commune.