Shikara, c’est un film discret. Peut-être trop discret pour certains. Mais dans cette discrétion, il y a une force. Le film raconte une histoire d’amour — simple, pure — prise dans la tourmente de l’histoire, celle de l’exode des Pandits du Cachemire. Un sujet rarement abordé, souvent évité. Et qui, ici, est traité avec sobriété, sans discours ni slogans. Juste la douleur, humaine, intime.
Le couple formé par Shiv et Shanti, interprétés par Aadil Khan et Sadia Khateeb, est magnifique. Il y a une lumière entre eux. Le fait que les deux soient d’origine cachemirie, même s’ils sont musulmans, apporte une authenticité rare. Leur jeu est fin, retenu, profondément sincère. Sadia Khateeb, en particulier, est une révélation : une douceur à fleur de peau, un regard habité.
Le film ne cherche pas à faire spectacle de la souffrance. Il raconte la mémoire : celle d’un homme, d’une femme, d’un amour, arrachés à leur terre. Il ne cherche pas à choquer, il choisit de rappeler. Et c’est peut-être ce qui le rend plus fort encore. Ayant visité le Cachemire en 2019, j’ai vu combien ce sujet reste douloureux, souvent passé sous silence dans certaines parties de la communauté. Le film ne juge pas, il montre. Et c’est assez.
Visuellement, le Cachemire est filmé comme une promesse. Les shikaras, les jardins, les montagnes – tout est beau, presque trop beau, comme un rêve prêt à s’effondrer. La bande originale accompagne le récit sans le marquer vraiment – belle, mais pas inoubliable. Ce qui aurait pu renforcer encore le film, c’est plus de langue cachemirie dans les dialogues. Il y avait matière à tisser un lien plus fort avec cette culture si spécifique.
Et pourtant, malgré ses retenues, Shikara touche au cœur. La scène du mariage, douce et solaire, contraste avec la scène finale, sur la Yamouna, déchirante et digne à la fois. C’est là que le film trouve son souffle tragique : non dans la colère, mais dans la mémoire d’un amour qui survit à tout, même à l’exil.
Réalisé par Vidhu Vinod Chopra, lui-même né au Cachemire, Shikara n’est pas un cri. C’est une lettre d’amour envoyée d’un monde perdu. Et parfois, ce sont ces lettres-là qu’on garde le plus longtemps.