Le problème du bateau de Thésée peut être formulé ainsi : imagine un navire en bois dont on remplace au fil du temps les pièces usagées. Au bout d’un certain temps, le navire ne possède plus aucune de ses pièces d’origine. S’agit-il alors toujours du même bateau ?
Les progrès fulgurants de la médecine permettent désormais de remplacer l’organe irrémédiablement endommagé d’un patient par celui provenant d’un autre humain. Dans une délicieuse perspective transhumaniste, l’analogie doit être faite entre le bateau et le corps humain.
Le corps, dévalué de tout sacré par deux millénaires de philosophie, est aujourd’hui considéré comme une machine dont les pièces sont interchangeables. Ce film a l’immense mérite de questionner ce présupposé soutenu par la bien-pensance et par la loi. Pour ce faire, il propose de suivre quelques protagonistes avant et après leur réception d’une greffe. La singularité de l’organe remplacé apparaît alors. De même que les conséquences qu’une greffe implique sur l’individu même.
Le film ne tranche pas sur le bien-fondé du don d’organe, ce n’est d’ailleurs pas son rôle, mais dispose pour ainsi dire les cartes Cœur Pique Trèfle Foie sur la table d’opération. Il offre au spectateur les éléments pour qu’il se forge sa propre opinion. On peut être pour ou contre le don d’organe à condition d’avoir ces éléments en tête, c’est-à-dire, d’avoir chassé de celle-ci que la greffe d’organe est l’équivalent d’un changement de roue sur une voiture.
Une photographe aveugle reçoit des yeux pour voir. Un moine ascétique souffrant d’une cirrhose du foie se met à douter. Partir au bout du monde chercher vos constituants ; revenir certain qu’une question se pose.
"Une restauration véritable de l'équilibre perturbé n'est nullement dans la nature d'un simple 'acte médical'. [...] Il s'agit d'un acte au plein sens du terme, une création, une re-naissance." A. Grothendieck