Shortcomings, c’est un peu comme tomber amoureux d’une belle affiche de film et réaliser, en pleine séance, que le héros est ton voisin relou qui t’explique pourquoi La La Land c’est « trop convenu ». J’ai adoré l’amour du cinéma qui transpire du film, et c’est grisant de voir ça mis en scène avec autant de soin. La réal est élégante, tout comme la photo, vraiment magnifique : les couleurs, les lumières, tout est soigné mais jamais tape-à-l’œil. Les chapitres structurent bien le récit et la musique est là sans être envahissante, bref, y’a de la maîtrise et de la tendresse pour l’image.
Sauf que… ben le mec principal est tellement imbuvable que j’ai eu du mal à me projeter ou à l’accompagner, et son évolution est, disons-le gentiment… insuffisante. On est clairement plus sur un portrait figé que sur un vrai parcours, contrairement à ce que le film voudrait nous faire croire.
Ce qui m’a aussi gratté un peu, c’est le rapport bancal au capitalisme (j’en parle parce que le film en parle lui-même, littéralement dès les premières minutes). Du coup, comme je disais dans la parenthèse : ça commence sur une petite pique contre le capitalisme et on croise plus loin une étudiante en marxisme…
Mais en fait, j’ai eu l’impression que les piques visaient surtout l'anticapitalisme en le faisant passer pour caricatural. Et ça, ben… ça m’a gêné.
Surtout qu’en toile de fond, tout le monde semble tout droit sorti d’un esprit bobo-gentrificateur qui se dit de gauche sans vraiment l’être. Tout est ultra-propre, les apparts sont spacieux et stylés comme dans un catalogue, même quand les personnages ne devraient clairement pas pouvoir se les payer. Ça baigne dans une aisance un peu hors-sol, qu’on tente de justifier à demi-mot par « l’argent de papa », comme si ça suffisait à suspendre la logique sociale. Résultat : une vraie dissonance. On veut nous parler d’errance existentielle, mais depuis un salon sponsorisé.
Cela dit, tout n’est pas bancal, loin de là. Là où le film m’a vraiment attrapé, c’est dans les disputes. C’est fin, nuancé, jamais binaire. On voit des gens paumés, des deux côtés, qui ne s’écoutent pas toujours, qui projettent, se défendent, se mentent. Il n’y a pas vraiment de « bon » ou de « mauvais » dans ces moments-là. Et ça, franchement, ca ma paru vraiment crédible.
Donc voilà : en dehors de ses zones d’ombre politiques (ou plutôt de son flou un peu bizarre) et du manque d’évolution de son personnage principal (heureusement, tous ceux qui l’entourent, eux, évoluent), j’ai quand même passé un très bon moment devant ce film. Et c’est pourquoi je le recommande. Pas comme un manifeste, mais comme un portrait imparfait, esthétique, parfois agaçant, parfois juste. Comme beaucoup de gens, en fait.