À la fin des années 1960, le giallo n'a pas encore trouvé sa forme définitive. Si Mario Bava en a posé les premiers jalons avec Six femmes pour l'assassin, Dario Argento n'a pas encore imposé les codes qui feront le succès du genre au cours de la décennie suivante. Umberto Lenzi s'inscrit alors dans une autre tradition, celle du thriller de machination hérité de Clouzot, d'Hitchcock et des grands récits de manipulation psychologique. Si douces, si perverses appartient pleinement à cette période de transition. Le film repose avant tout sur une intrigue où les apparences se révèlent trompeuses et où chaque certitude est progressivement remise en cause. Lenzi privilégie les faux-semblants aux effets de mise en scène, préférant construire un véritable jeu de dupes plutôt que de rechercher l'impact visuel qui deviendra l'une des marques du giallo. Ce choix n'a rien de problématique en soi. Le cinéaste a d'ailleurs prouvé, avec Orgasmo notamment, qu'il savait parfaitement exploiter ce type de récit. Ici, en revanche, la mécanique apparaît moins maîtrisée.
Le principal défaut de Si douces, si perverses réside dans son rythme. L'exposition s'étire longuement avant que l'intrigue ne trouve enfin son véritable sujet, au point de donner l'impression que le récit peine à démarrer. Une fois les premiers rebondissements enclenchés, le scénario retrouve un certain intérêt grâce à plusieurs retournements bien amenés, mais tous ne possèdent pas la même force et certaines révélations paraissent davantage relever de l'artifice que d'une véritable nécessité dramatique. Le film peut heureusement compter sur une distribution particulièrement solide. Jean-Louis Trintignant apporte à son personnage une crédibilité constante, tandis que Carroll Baker confirme son aisance dans ces rôles ambigus qui feront d'elle l'une des figures incontournables du thriller italien de cette période. Leur présence suffit souvent à maintenir l'intérêt lorsque le scénario marque le pas.
Sans atteindre le niveau des meilleurs thrillers de Lenzi, Si douces, si perverses demeure un témoignage intéressant des tâtonnements d'un genre en pleine construction. Plus proche du thriller psychologique que du giallo flamboyant qui s'imposera dès 1970, il constitue une œuvre de transition agréable à suivre, mais qui ne parvient jamais totalement à transformer son habile mécanique en véritable suspense. Une curiosité plus qu'une réussite majeure.