Portrait complexe d’une femme compliquée (et dont la rareté lui confère par conséquent une grande valeur), Sybil marque les retrouvailles précoces entre Justine Triet et Virginie Efira après l’enlevé Victoria.
La réalisatrice intrigue avec une mise en scène troublante, mettant en place une espèce de puzzle aussi bien temporelle que sonore, jouant de flash-backs et de plans muets. Elle met ainsi en exergue les multiples dimensions du personnage de Sybil, sa force et ses failles, donnant l’impression qu’elle est toujours sur un fil, que la maitrise apparente de son quotidien, de la gestion de ses patients, de sa famille, peut se briser à tout moment. On guette le moment où elle finira par perdre pied.
L’arrivée de Margot dans sa vie va être ce déclencheur.
Malheureusement à partir du départ de Sybil sur le tournage, le scénario n’est plus vraiment à la hauteur de ses personnages. Comme s’il devait absolument refléter la confusion qui fait rage dans la tête de son héroïne, quitte à perdre son spectateur. Sybil vire alors au thriller erotico-psychologique assez grossier, faussement provocateur et peu nuancé. Son style narratif un peu surécrit convenait bien mieux à la distance très à propos de sa première partie, plus littéraire.
Reste l’impressionnante performance de Virgine Efira, qui semble tirer le meilleur de ses précédents rôles pour composer magistralement sa Sybil, mélange de douceur, de violence enfouie et de lâcher prise.
A défaut d’un prix d’interprétation cannois, espérons que les prochains César récompense enfin son talent protéiforme.