« Elle sait que la beauté est un monde trahi. On ne peut la rencontrer que lorsque ses persécuteurs l'ont oubliée par erreur quelque part. […] Pour la trouver, il faut crever la toile du décor. »
Kundera. L’insoutenable légèreté de l’être.
Sibyl est profondément un film pervers fait de voyeurisme ; tous les rideaux de la sphère intimes gissent, là, sur le sol d’une pièce où tout est montré, où tout est volé et trahi. On se fiche du secret médical, de la rationalité et encore moins de la fidélité. C’est une espèce d’orgie de tout ce que l’homme est prêt à faire de pire en terme de tromperie et de relationnel.
Il ouvre toutes les portes sans jamais les fermer derrière lui.
L’amour nous y parait tangible, sensible : il est léger ; et futile dans un temps présent, parfait et douloureux dans un souvenir du passé. Il faut tout montrer, cela passe par une esthétique profondément érotique et sans censure, avec des corps nus, des scènes de sexe sûr-éclairé où rien n’est rendu secret ou caché aux yeux du spectateur.
Parlons du spectateur. Il est témoin mais n’agit pas. Il voit tout, sait tout. Mais le voilà qui ne fait rien. Pour ma part, j’ai été obnubilé par ce qui s’est passé sous mes yeux à l’écran : j’avais ce malaise de trop savoir sur tout des personnages, mais j’avais cette satisfaction justement à pouvoir trop savoir sur tout des personnages. Les paysages m’ont hypnotisé, la dynamique aussi. Le temps du récit est si bien contrôlé, pas de moment de pause, ni de moments redondants.
C’était beau. Purée. Qu’est-ce que c’était beau !
Note à moi-même : ressembler à Sibyl, ressembler à son esthétisme de la parisienne par excellence : belle sur le fait. Toujours belle.