Le problème de Michael Moore n'est peut-être pas finalement celui de Michael Moore mais le nôtre, ou bien celui de ses spectateurs américains. Je serais bien incapable de présumer de sa véritable capacité à approfondir les sujets qu'ils soulève sans simplifier plus que de raisons les causes, les enjeux et les conséquences de ceux-ci. Mais force est de reconnaître qu'à défaut de l’élévation argumentaire qui satisferait ceux qui attendent le démontage complet des hypocrisies politiques majeures de ce siècle, le talent de Moore est peut-être d'opérer une certaine "vulgarisation" des combats sociaux à mener dans son pays qui ne s'encombre pas de répondre aux critiques les plus virulentes et se contente de toucher aux yeux, au coeur, et un petit peu au cerveau pour rappeler à ses compatriotes (qui ne sont pas les seuls à l'avoir un peu oublié) qu'être méchant, menteur et uniquement intéressé par l'argent, c'est pas bien, mais que quand on bienveillant, solidaire et généreux, c'est mieux. Ca ne vole pas toujours très haut, mais comme dirait l'autre, "c'est bien que ça existe", si ça peut faire pleurer quelques chaumières du Minnesota qui avaient du mal à bien cerner le problème du système de santé américain sans qu'on leur montre un film. Du reste, Michael Moore reste efficace dans sa narration et ne sacrifie pas plus que ça au misérabilisme.