Malgré un agnosticisme - tendance athée anticlérical - farouche, je suis toujours attiré par les films évoquant la foi. Aussi quand Scorsese s'est mis en tête de faire son Mission, j'étais curieux...


La radicalité du ton employé par Scorsese m'a immédiatement saisi. Pas de musique. Pas de fioritures. Pas de concessions. Adam Driver a rarement été aussi laid, il est filmé sans complaisance, Scorsese ne cherche pas son meilleur profil, il s'en branle, ce qu'il filme ce sont des hommes, des proies. Ils sont autant la proie des hommes que la proie du doute. Ils sont la proie du silence de ce Dieu qui semble les abandonner dans un pays qu'ils ne connaissent pas et dont ils ignorent tous les codes, toute la philosophie.


La question de la foi y est abordée sous différents angles au travers d'une galerie de personnages dont les actes interpellent, agacent, impressionnent... Aucun personnage n'est monolithique, il n'y a pas de véritable vainqueur ni de véritable perdant. Il ne semble pas non plus y avoir de bons ou de mauvais chrétiens.


Totalement happé par l'histoire et les personnages autant que par la maestria de la réalisation, je n'ai pourtant pas mis 9 comme j'avais l'intention de le faire.


Il y a une raison à cela que l'on retrouve dans trois scènes différentes: Scorsese abandonne la radicalité pour tomber dans le démonstratif cul-cul gnan-gnan. Sans spoiler, il s'agit


1 de la scène de la vision dans l'eau, assez ridicule et qui aurait pu être tournée sans que le reflet ne soit visible, il aurait suffi pour cela de faire confiance à Andrew Garfield et au spectateur


2 de la scène où Rodrigues doit ou non apostasier


Le silence assourdissant était magnifique, mais le fait d'entendre la voix du Christ et de Dieu ridiculise cette scène qui aurait pu être d'une rare puissance


3 le tout dernier plan, aussi mal fait que littéral


Sur un film de 2h41 c'est peu mais malheureusement ces trois moments desservent le propos autant que la qualité cinématographique du métrage. Ce manque de subtilité contraste d'ailleurs avec le reste du film que j'ai vraiment trouvé admirable.


J'ai conscience de le surnoter mais la puissance des images de Scorsese et de certaines scènes me laisse pantois et puis je me rends compte que le culte de Martin prend de plus en plus d'ampleur chez moi... Le type à 74 ans et tourne encore avec radicalité. Rien que ça, ça mérite un 8 et un coup de coeur...


Haters will hate but I don't give a shit!

Créée

le 24 févr. 2017

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RunningJack

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