Depuis qu'elle a trouvé Vicky Knight (qui n'était pas actrice du tout, et a continué sa carrière d'infirmière) et l'a dirigé dans Dirty God (2019), la cinéaste Sacha Polak a quitté l'obscurité qui la traversait, en libérant la lumière et les couleurs. A nouveau avec Silver Haze, l'enchantement est admis et entoure la protagoniste. La reconstruction post-trauma, suite à une infortune ou agression physique, se fait en laissant le plaisir et l'amour prévaloir autant que possible dans chaque espace. Pour que la vie puisse continuer, notamment via la voie de la sororité, le rapport au monde doit se réinventer dans chaque parcelle de chaque espace, en accordant toute liberté au corps et avec le droit à l'indifférence. L'accablement et l'isolement se dissipent, la présence pour soi est l'ébauche des images d'une nouvelle vie. Celles qui, petit à petit, deviennent même le contraire chaleureux à un environnement social envahit par la misère.
Une façon pour Sacha Polak de percevoir le chemin de vie (et de reconstruction) de son personnage comme une superposition de tableaux distincts, qu'il faut gérer séparément. Parce que pour la cinéaste, réinventer son rapport au monde se fait à des niveaux différents. Le film réussit à être aussi drôle que tragique, aussi sensuel que violent, aussi spontané que rigoureux. Et même s'il peut y avoir parfois un peu trop de personnages secondaires (et donc trop d'intrigues supplémentaires qui peuvent être superflues dans le temps consacré), c'est parce que l'immédiateté dans laquelle s'inscrit le film permet de capter le monde tel qu'il est, de capter chaque environnement pour ne plus s'y sentir étranger. Silver Haze est comme construit sur des réminiscences, pour finalement s'en émanciper et se consacrer à un flottement plus sensible que torturé. Et pourtant, c'est bel et bien un film assez sombre, parlant de la dépression post-trauma où il est nécessaire de se confronter au passé et aux images qui hantent, avec une force apaisée.