En 1989 Simetierre de Mary Lambert faisait sensation en terrorisant les amateurs de petites bêtes (et les parents d’enfants), engrangeant une masse de billets verts dans les poches des producteurs malgré ses quelques faiblesses. Pourquoi ne pas poursuivre dans cette voie alors ?
Le premier adaptait le roman de Stephen King, publié en 1983, le second propose une histoire inédite signée Richard Outten mais prend à nouveau place dans la petite ville de Ludlow dans le Maine. Et que serait Ludlow sans son célèbre cimetière pour animaux où les morts ne le restent pas vraiment ?
De la mort et de son corollaire le deuil il en est question dans cette suite, avec le retour de la famille Matthews dans la bourgade. Le jeune adolescent Jeff et le père vétérinaire (tiens donc) reprennent donc leurs quartiers dans la maison familiale longtemps oubliée, mais sans la satisfaction du retour nourricier à la campagne. La mère, actrice célèbre, est ainsi morte récemment sur le tournage d’un film.
Fidèles à leurs habitudes, les petits vauriens locaux ne laissent aucune chance à Jeff de s’en remettre, et seul le gentil mais effacé Drew lui apportera son amitié. Enrobé, mal dans sa peau, Drew subit les remarques de son beau-père, le shérif Gus, rigide comme le canon de son fusil.
Tout ça ne peut évidemment pas bien se passer, et l’abattage par Gus du chien de Drew sera la première étape pour profiter des légendes du coin, et notamment d’une certaine partie du cimetière qui aurait le pouvoir de réanimer les morts.
Le premier film parlait du difficile travail du deuil, de comment l’accepter, dans une histoire parfois trop prévisible mais malgré tout cohérente. Ce n’est plus vraiment le cas de cette suite, qui ne semble pas vraiment savoir sur quel pied danser. Mais assez ironiquement c’est peut-être sa danse cahotée qui lui offre une certaine fascination.
Simetierre 2 offre d’abord une représentation très 90’s de cette adolescence, à l’image de cette bande son assez rock, presque MTV et bien sur d’Edward Furlong en personnage principal, au regard noir et désabusé de cette décennie, méfiant mais pas soumis aux turpitudes de son nouveau monde, parmi lesquelles les petites brutes de l’école. Les quelques plans à vélo rappellent d’ailleurs bien des films de ces années 1980 ou 1990 où le cycle est un élément d’émancipation adolescent. Les désirs de Jeff contrariés seront exprimés lors d’une conclusion poisseuse.
La menace de Simetierre n’est donc plus tellement dans la fuite du travail du deuil mais celle-ci s’exprime comme quelque chose de plus global, qui se développe, contaminant d’autres humains passés sous ses griffes. Ce n’est malheureusement pas développé avec l’attention qu’il aurait fallu, et au vu du personnage de Gus, les motivations des deux adolescents à le faire revivre suite à un terrible accident auraient du être explicitées. De même, la transition de Jeff est intéressante, mais le point de bascule est brutal, mal amené.
Il faut tout de même reconnaître au Gus « nouveau » une présence inquiétante, un mort vivant égaré dans le quotidien qu’il doit mener, jusqu’à révéler sa véritable nature, apparaissant alors comme un croquemitaine jamais bien loin. Le réel perverti est restitué avec une incroyable réussite par Clancy Brown, figure de proue de le menace vénéneuse de Simetierre.
Bien loin du drame familial et personnel de la famille des Creed dans le premier volet, l’angoisse ici présente est plus directe, plus brutale. L’horreur est frontale, plus meurtrière, avec quelques morts violentes et une mise en scène bien dérangée pour sa conclusion. Le film peut bien jouer avec une angoisse onirique pour quelques scènes, elles n’ont pas vraiment de prises face à sa représentation de la violence.
Il faut reconnaître à la réalisatrice Mary Lambert quelques jolis plans, de belles idées, avec notamment ces scènes des adolescents à vélo, avec les vrais acteurs, sans doublures, pour offrir une plus grande crédibilité à l’histoire que l’on découvre. Ou ces petits moments du quotidien filmés avec une certaine douceur, ou au contraire une plus grande âpreté. Les maquillages sont plus terrifiques, les effets spéciaux plus visibles et les animaux présents mieux dressés (moins de chats, plus de chiens, c’est plus facile aussi). Mais quelques sorties de route sont à regretter, à l’image de cette scène d’électrocution grotesque ou ces séquences oniriques dispensables.
Etrange résultat que ce Simetierre 2 qui s’écarte de certaines lignes du premier volet pour un résultat plus direct, très 90’s dans certains thèmes mais aussi plus clairement dans l’horrifique. Plus poisseux, plus violent aussi. Il y a de vrais problèmes dans le chemin choisi, à l’image de certaines directions du scénario difficilement compréhensibles. Mais c’est peut-être aussi sa maladresse qui lui offre sa réussite, ironiquement, alors que le premier se voulait trop sérieux pour son propre bien et ne se rendait pas compte à quel point il était trop prévisible.