Simple comme Sylvain, un titre ironique pour une histoire à la complexité profonde. Sophia, quarante ans, ne peut se contenter de vivre la relation intellectuelle qu’elle entretient avec son mari depuis plus de dix ans. Elle existe plus fort dès lors qu’elle rencontre Sylvain, bel homme, barbu, viril et sexy.
Il est question de choc entre deux classes sociales aux capitaux culturels éloignés. Épargnons-nous la leçon de sociologie bourdieusienne car tout jugement ou mépris est mis de côté. En effet, ici sont conjugués amour et couple sans aucune toxicité. L’infidélité féminine est rarement traitée au cinéma de cette façon. Sophia étouffe et commence à trouver sa place dans une vie parallèle, d’abord cachée, puis épanouie en tant que femme d’aujourd’hui émancipée dans la mesure du possible. Le phénomène décloisonne des clichés chez les deux principaux intéressés. Sophia se laisse séduire par du Sardou et Sylvain accepte de découvrir le monde intello de sa blonde.
Propres au cinéma généreux de Monia Chokri, les dialogues sont forts et les scènes volubiles. Le tempo de la mise en scène est effréné, à l'image de ce coup de foudre. Le spectateur comprend aisément la vague d’émotions qui submerge notre héroïne. Ce désordre sentimental est chapitré par les cours du soir qu'enseigne Sophia. Le thème : la philosophie de l’amour. Les citations de Platon, Jankélévitch et Spinoza défilent, structurent, et mettent en lumière la remise en question à laquelle on assiste. La plupart sont des théories masculines de l’amour. La théoricienne Bell Hooks arrive pertinemment en fin de parcours. L’amour comme action, comme choix, comme décision, comme Sylvain.
Ce que nous montre Simple comme Sylvain c’est finalement une vision teintée de l’amour et de ce que le sentiment peut devenir. La réalisatrice, amoureuse de ses personnages, montre ce que veut et peut le désir féminin. Il s’agit d’un coup de foudre évident, transcendental, sensuel où une alchimie brûlante crève l’écran. Il faut détruire les classes sociales, disséquer le modèle amoureux du couple et ce qui l’anime pour déployer tout son potentiel. Aimer et mieux aimer, tout un programme.