Ceci est une romcom, mais de celles qui déjouent quelques peu les codes. Faire une romcom, mais pour dire un peu plus de choses qu'une simple rencontre amoureuse, quand même.
Mais parlons un peu de ce qui fait la comédie romantique : une femme (mariée, universitaire, bourgeoise, urbaine) rencontre un homme (célibataire, retapeur de maison, peu cultivé, campagnard). C'est le coup de foudre. Ils couchent ensemble. Et comme le sexe avec le mari est complètement inexistant, et que là, c'est fabuleux, notre héroïne se lance dans des atermoiements interminables. Je n'en dirai pas plus de ce côté. Mais on rit, on a des scènes un peu chaudes (mais pas une caméra voyeuse), on est ému, ça fonctionne bien.
Cette histoire est un prétexte pour, en réalité, aborder deux autres sujets : l'amour vu par les philosophes (on va de Platon à Jankelevitch, en passant par Spinoza) et surtout, les problèmes de survie d'un couple dont les membres sont issus de deux classes sociales différentes.
L'amour vu par les philosophes est vraiment bien amené dans le film : l'héroïne étant universitaire prof de philo, elle aborde le sujet via ses cours, et le philosophe abordé est évidemment lié avec le vécu du moment : l'amour est-il un manque à combler ou ne pas combler, l'amour s'impose-t-il à toi, ou décidons-nous d'être amoureux ? Evidemment, on n'a pas la réponse. Mais y en a-t-il une ? L'amour existe-t-il, même ?
Le sujet des deux classes est certes source de comédie (mais pas toujours le plus subtil, quand chacun rencontre la famille de l'autre), mais aussi, d'une certaine façon, d'une réflexion sur la potentielle impasse d'une vie durable. Le sexe, oui, mais le quotidien pour toute la vie ? Monia Chokri, pour le coup, apporte sa réponse. Le choc des civilisations, il est peut-être là, en réalité...
Simple comme Sylvain est un bon film, qui nous émeut et nous propose de réfléchir avec lui. C'est sans doute un peu dommage que cette rencontre de deux classes soit bâtie sur un certain nombre de clichés (la classe supérieure arrogante, le plouc mal sapé, l'universitaire de gauche, le beauf pour la peine de mort, l'universitaire qui se sait supérieur, l'inculte qui se sait méprisé, la bourgeoise sexy mais correcte qui se fait offrir une nuisette de tepu par son amoureux). Il faut sans doute en passer par là pour une démonstration qui fonctionne, certes.
La vie est sans doute un peu plus nuancée que ça, mais ririons-nous autant sans user de clichés (que je peux moi-même parfois, représenter) ?