Sing Sing
7.1
Sing Sing

Film de Greg Kwedar (2023)

« C’est la réalité : je suis coincé ici »

Une ode bouleversante à la puissance rédemptrice de l’art

C’est ça qui est drôle. Ils s’attendent à six pistolets et vous sortez des légumes 

Au sein des murs oppressants de la prison de Sing Sing, un groupe de détenus trouve, par le truchement d’un programme théâtral rédempteur, un exutoire inespéré à leur condition carcérale — la scène leur offrant, l’espace de quelques répétitions, cette dignité et cette humanité que l’incarcération s’était employée à leur ravir.

On bouffe du traumatisme, du drame et de la tragédie tous les jours. Les gens aimeraient peut-être voir une comédie 

I. Une créativité qui irrigue autant les geôles que le cœur du spectateur

Cette floraison créative, éclose avec une vigueur inattendue entre des murs que tout semblait vouer à l’aridité la plus irrémédiable, procure indéniablement aux prisonniers une échappatoire salutaire et proprement vivifiante, mais elle imprègne tout autant l’assistance tout entière, laquelle reçoit, tel un baume régénérateur versé sur une plaie ancienne, une bouffée de foi renouvelée et presque miraculeuse en la nature humaine dans son essence la plus profonde. Voici un film consacré à la réinsertion, débordant d’un espoir qui ne cède jamais, fort heureusement, à la naïveté la plus complaisante. Sing Sing démontre, avec une conviction éminemment communicative, que rien n’est jamais irrémédiablement perdu, que tout demeure encore possible pour qui consent, envers et contre tout, à croire en sa propre rédemption. L’art, en son essence la plus pure et la plus indomptable, échappe aux barreaux les plus infranchissables et aux geôles les plus hermétiques : ces hommes incarcérés cherchent, à travers lui, à donner un sens véritable à des heures autrement vides et interminables, à recouvrer une dignité que l’enfermement carcéral s’était acharné à leur arracher pièce par pièce.


II. Une pudeur salutaire, loin de tout misérabilisme

Le métrage choisit délibérément, avec une élégance qui mérite d’être soulignée, de ne point s’appesantir sur la violence brutale inhérente au milieu pénitentiaire, préférant braquer résolument sa lumière sur l’humanité la plus authentique, l’amitié la plus sincère, la rédemption la plus laborieuse et la sensibilité la plus délicate de ses protagonistes, plutôt que sur la crasse ou la brutalité coutumière des cachots. Ce parti pris, aussi courageux qu’esthétiquement abouti, apporte à l’ensemble une dignité formelle et morale qui sert admirablement, et avec une constance louable, son propos rédempteur.


III. Un hommage vibrant au pouvoir libérateur du théâtre

La manière dont l’art dramatique se mue, sous nos yeux mêmes, en instrument de libération émotionnelle et d’évasion psychologique la plus salutaire, est traitée avec une finesse remarquable et une délicatesse d’orfèvre, dénuée de tout effet appuyé ou de toute démonstration pesante. Cette histoire de fraternité, interprétée par ceux-là mêmes qui l’ont véritablement et douloureusement vécue, dépeint avec une pudeur infiniment touchante ces visages burinés par l’épreuve qui, grâce aux planches et à l’ivresse du jeu théâtral, reconquièrent peu à peu, avec une lenteur méthodique, l’espoir d’une libération tant espérée et recouvrent un peu de leur amour-propre perdu, s’autorisant enfin à nouveau, après tant d’années d’abnégation forcée, à rêver d’une existence renouvelée et digne d’être vécue.


IV. Une authenticité de distribution qui confère sa vérité à l’ensemble

Il faut enfin saluer, avec une considération toute particulière, l’audace du choix opéré quant à la distribution : une grande partie des comédiens sont d’anciens détenus authentiques de la prison éponyme, ayant eux-mêmes participé avec assiduité au programme de réhabilitation par les arts. Cette présence d’interprètes non-professionnels, incarnant souvent leur propre vécu le plus intime ou une version approchante de celui-ci, insuffle à l’œuvre tout entière une sincérité et une vérité proprement saisissantes, que nulle prestation professionnelle, aussi accomplie fût-elle, n’eût jamais pu égaler avec pareille justesse et pareille véracité.



Trilaw
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