Dès ses premières minutes, Sinners affiche clairement ses influences, notamment celle de Une Nuit en Enfer de Robert Rodriguez, tout en s’en éloignant progressivement. Ryan Coogler, loin du pur exercice de style nostalgique, choisit d’installer son film dans une ambiance lente et maîtrisée, presque hypnotique, pour mieux laisser monter la tension. Et ça fonctionne… jusqu’à un certain point.
Le film se construit en deux temps : une première partie fascinante, mystérieuse, où le spectateur est happé par l’atmosphère et la promesse d’un récit mythologique sombre, et une seconde partie qui, malheureusement, perd en intensité. Le rythme se casse brutalement au milieu du film, le récit s’égare un peu, et certaines pistes narratives semblent à peine exploitées.
Mais malgré ces défauts de construction, Sinners reste une des propositions les plus intrigantes de l’année. Ryan Coogler ne cherche pas à révolutionner le genre, mais à y apporter une sincérité, une ambiance et une densité esthétique qui donnent de la tenue à l’ensemble.
Côté casting, Michael B. Jordan est très convaincant dans un rôle à double facette, oscillant entre calme charismatique et trouble intérieur. Il est magnifiquement épaulé par Jack O’Connell, saisissant en gourou vampire magnétique, à la fois inquiétant et fascinant.
La véritable colonne vertébrale du film, c’est aussi sa bande originale, composée par Ludwig Göransson, fidèle collaborateur de Coogler. Ici, il livre une BO étonnamment riche, variée, qui passe du jazz planant à des nappes électroniques sombres en passant par des percussions tribales. C’est cette musique qui donne au film sa consistance émotionnelle et son souffle mythologique.
En somme, Sinners n’est pas un film parfait — il manque de rigueur dans sa structure et aurait gagné à être plus resserré — mais il propose une vision singulière, un ton à part, et une ambiance qu’on n’oublie pas si vite. Une belle surprise, un peu bancale, mais audacieuse.
Sinners : ????????????????????