Sinners
6.6
Sinners

Film de Ryan Coogler (2025)

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Remis de son passage chez Marvel, Ryan Coogler nous revient avec une proposition originale, à mi-chemin entre John Carpenter et Jordan Peele et un bon zeste de Robert Rodriguez. L'intrigue nous ramène au début des années 30 au Mississippi, une époque régie par la ségrégation et voyant la communauté noire soudée mais toujours menacée par le racisme et certaines sources d'oppressions intérieures (la religion). C'est dans cette atmosphère que deux frères jumeaux (Smoke/Stack) au passé trouble préparent l'inauguration de leur club de blues, alors qu'une menace indéterminée converge vers eux.

Coogler prend son temps pour poser le cadre, l'ambiance particulière de la région sudiste et ses personnages. Tout cela existe et respire, il y a une dimension charnelle assez prononcée et évidemment le fil rouge de la musique qui va hanter les deux heures et quart de projection. En somme, le réalisateur tisse tranquillement sa toile pour nous cueillir dedans. À un bémol près. Si l'exploit technique de faire cohabiter deux jumeaux incarnés par le même acteur est remarquable, il est regrettable que les personnages de Smoke/Stack soient trop peu différenciés dans leur allure ou leur personnalité pour qu'on parvienne à les distinguer. Sinners amène intelligemment son récit vers le point de bascule qu'on attend (ou redoute), le temps d'une séquence où Coogler raccorde d'un seul plan toute la culture musicale afro-américaine. À partir de cet instant, la musique sera autant l'instrument de libération d'un peuple maintenu à une position inférieure que l'arme de séduction d'un ennemi séculaire (lui-aussi issu d'une population persécutée) résolu à le convertir. C'est également là que le long-métrage s'affaisse nettement.

L'irruption du fantastique se fait de manière progressive certes. Mais quand il explose dans la deuxième moitié du long-métrage, on sent que Coogler ne sait pas comment s'en dépêtrer. Le cinéaste reprend du Carpenter et du Rodriguez mais rien n'y fait, Sinners bloque. Attention, ça n'est jamais désagréable. La photographie signée Autumn Durald Arkapaw est un délice, il y a un peu de tension le temps d'une scène de test et un peu d'humour par le biais du personnage de Slim (excellent Delroy Lindo), mais on peut légitimement se demander si la manière était appropriée car le film répète plusieurs fois les mêmes enjeux (ouvrir ou non). Le plus embêtant dans l'affaire, c'est que les frissons ne sont pas de mise. Avec une figure mythologique comme celle que convoque Coogler, c'est un comble. Il faut attendre l'épilogue pour que le récit retrouve de sa superbe, dans une séquence qui ravive la beauté et y injecte une mélancolie qui permet à Sinners de terminer sur une note positive.

ConFuCkamuS
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le 10 mai 2025

Modifiée

le 10 mai 2025

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