Ce n'est pas un Western, et pourtant j'ai eu l'impression d'en regarder un, du moins au niveau de l'ambiance. L'époque est très bien choisie, car elle permet de faire un film avec presque intégralement des acteurs noirs, sans que cela paraisse non naturel. Ce film présente leur culture issue de l'immigration à une époque où le Ku Klux Klan est omniprésent, où l'Église a réussi sa propagande en Amérique et où les Noirs ne sont pas encore mélangés avec les Blancs. Pour le coup, j'ai bien aimé cette époque révolue.
La photographie est magnifique, la colorimétrie est maîtrisée à la perfection avec une importance sur la luminosité. Elle joue un rôle crucial, car c'est elle qui définit la sécurité. Cette beauté, couplée aux plans en IMAX (la différence est visible même sur une télé), juste époustouflante avec certains ralentis sur les scènes d'action, donne à l'œuvre sa propre touche créative. La musique, elle aussi, est au centre de l'œuvre : elle est brute et puissante, elle joue un rôle spirituel. Elle est là pour accompagner l'immersion, notamment dans les scènes où plein de cultures et d'époques s'entremêlent comme par magie.
Le film commence par la fin, en laissant un questionnement pour nous mettre en haleine dès les premières secondes. Ce questionnement est légèrement éclairé par la transition au milieu du film. On passe d'un cadre gangster-entrepreneur à de la survie contre des vampires. Cette changement est si brutale et inattendue que le spectateur est surpris, comme si le film qu'il regardait n'était plus le même. Après un petit temps d'adaptation, on comprend que çela fait sens avec tout le début du film. Cette transition se fait dans un salon réservé aux Noirs, afin de chanter, boire et partager. Dans celui-ci, chaque pièce est occupée par une intrigue secondaire, permettant d'en savoir plus sur les personnages. Ce bâtiment est vivant, il est représenté comme un cocon protecteur face à la menace des vampires. C'est très original d'avoir incorporé une permission que les vampires doivent obtenir pour entrer. C'est en partie ce détail qui rend cet endroit si particulier.
Les propriétaires de ce lieu se nomment Stack et Smoke, deux frères jumeaux incarnés par un seul et même acteur. Une belle prouesse de Michael B. Jordan qui lui a apporté l'Oscar du meilleur acteur. La relation entre les deux est inbrisable, ils font tout ensemble (investir, rigoler, marchander...) jusqu'au moment où l'un des deux trahit l'autre en couchant avec son ex. En punition, Stack se voit contaminé, perdant sa raison concernant le bien-être de son frère. Leurs liens sont brisés pour toujours. C'est sûrement pour ça qu'à la fin, Smoke se sacrifie en tuant le KKK, car sans son frère, il n'a plus de raison de vivre.